Sans titre part one

Comme j’suis mauvaise titreuse, j’ai sorti un titre totalement bidon. Pourquoi me soumettre à la pression indue de « titrer » si je sais que ça ne constitue pas l’un de mes talents? Au yâble, je donne au suivant.

Y’a deux jours. Soirée fort sympathique avec des personnes que j’avais perdues de vue depuis un moment. Discussions animées, comme je les aime. Outre le gâteau mousse-petits-fruits-trois-chocolats, gracieuseté des invités, on s’est attaqués à un autre sujet. À une cousine, de quatorze ans ma cadette, j’ai fait remarquer que les enjeux auxquels elle était soumise chaque jour commandaient mon respect pour elle, en quelque sorte. Que franchement, je n’aurais trop su quoi faire si j’avais dû être jeune adulte dans le contexte actuel. Je ne sais pas trop comment j’aurais agi si les téléphones intelligents avaient existé quand j’avais 16 ans, ainsi que tout ce qui va avec (lire ici Instagram, Snapchat, Facebook, Twitter, et j’en passe…) Toutes ces technologies modernes, censées participer de la communication, au fond, lui nuisent en grande partie. La déforment. La dénaturent. La rendent complexe. Lui confèrent des interprétations multiples, variées, polysémiques, calculées, entourloupées, enrobées, nébuleuses…

J’crois que me remettre de tels outils à l’orée de ma vie adulte aurait correspondu, ni plus ni moins, à me sacrer un détonateur de bombe H entre les mains et à attendre que je m’en serve. Bang. L’explosion. Ouch.

Je suis ravie qu’Instagram soit une marque de commerce contemporaine. Franchement, je déteste me prendre en photo. Me faire prendre en photo aussi. Donc Instagram, pour moi, aurait été une calamité. Une plaie mal jugulée. Une hémorragie assurée. Au fond, ce qui me fait horreur dans les photos, c’est pas l’idée de ne pas paraître à mon meilleur. Ni même celle de penser que je pourrais exposer involontairement un profil moins flatteur, une imperfection visible qui me mettrait dans l’embarras. Tout ça m’importe peu. Ma crainte, c’est que l’expression de mon visage ne corresponde pas à mon état d’esprit du moment. Et que, donc, elle apparaisse comme fausse, plaquée, artificielle, pas authentique, empruntée, discordante. Un faux fini visant à dissimuler quelque chose. Le bain magique, le bain coquille, qu’on fait poser par-dessus son vieux cr… de bain rouillé quand on n’a pas un budget illimité pour les rénos de sa salle de bains. On peut rénover un visage, à en voir toutes les cliniques de chirurgie esthétique qui pullulent partout, proposant de gonfler des lèvres, de combler des rides, de lisser la peau, comme si le visage était une immense patinoire dont il fallait aplanir toute aspérité, à l’instar d’une patinoire soumise à la Zamboni. Mais rénover une expression, ça ne se peut pas. Donner de la crédibilité à une expression, à une mimique qui n’est pas la nôtre, qui ne nous ressemble pas, sauf si on est comédien, et encore, ça n’est pas possible, dans mon livre. Je refuse que ce soit possible. Je me convaincs peut-être que ça ne l’est pas…

Je déteste quand on me demande de sourire pour une photo. Je me sens contrôlée. Exploitée. Mise en lumière malgré mon bon vouloir. Petite, un proche prenait beaucoup (trop) de photos de moi. Jamais je ne l’ai dit, mais j’haïssais cela. Je sentais que je devais me montrer parfaite, répondre à une commande, conserver la pose. Comme une poupée. Un accessoire auquel on peut faire occuper l’espace comme on le souhaite. J’avais l’air d’aimer cela, mais avec le recul, je réalise qu’à part à l’Halloween, méconnaissable parce que déguisée de la tête aux pieds, je n’aimais pas ces mises en scène photographiques. Parce que sauf les photos où le sujet ne se sait pas pris en photo, qu’on l’admette : toute photo est de la pure mise en scène. Je me méfiais des photos de classe. De celles de groupe. De toutes les photos, en fait.

Alors vous imaginez sans mal qu’Instagram aurait été mon pire cauchemar. Devoir alimenter et rassasier une tribune de « followers » avides d’images tronquées, polies, photoshopées, filtrées? Me mettre de la pression avec l’instinct de renouveau, l’appât de la nouveauté, de l’authentique, forcer les événements, les réactions, l’adhérence au « mouvement » qu’on essaie de créer avec son compte, très peu pour moi. Le pire est qu’en essayant par tous les moyens à sa portée de préserver jalousement son authenticité, le paradoxe, c’est qu’on crée des adhérents malgré soi. Certaines personnes nous estiment, nous considèrent, croient en nous précisément parce que nous rejetons systématiquement tout mouvement de masse. Ce qui est paradoxal au fond, parce que moi, mon air, je le respire parfois uniquement en m’éloignant de tout, faute d’être trop perméable. Est-ce de la fragilité? La peur de subir des influences externes et d’en être le jouet? Peut-être. Je n’en sais rien.

Tout ce que je sais, c’est qu’Instagram, pour moi, c’est le reflet de la mise en scène perpétuelle à laquelle chacun de nous est exposé. De gré ou de force.

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Yark traumatisme

Yark. J’aurais dû m’en douter. Après une belle journée ensoleillée hier, à me balader dans les bois, à profiter de la vie, à laisser le soleil filtrer dans ma noirceur, fallait ben qu’une découverte de marde assombrisse ce tableau (presque) idyllique.

J’sais pas pourquoi. Des fois, ma curiosité me tue. Elle aura ma peau. J’ai fait une découverte dont je me serais passée. Vivement que l’humanité me surprenne. Tsé quand tu découvres que la personne qui était encore dans ta tête y’a pas si longtemps. Tsé celle qui t’avait dit qu’à son âge, le couple ce n’était plus un concept pour elle, pis toute pis toute… Celle-là même qui tentait de te convaincre, tout en refaisant ponctuellement surface dans ta vie, qu’elle était habitée par une autre personne… et qu’il était, du coup, impossible pour elle de même songer à se remettre sérieusement avec quelqu’un… Ben c’te personne-là. Fourbe, après coup, c’est ce dont tu t’aperçois… Ben câlisse… Elle s’est affichée. Rematchée. Au su et vu de tous. Ah ben. Contente pour elle, je devrais l’être? Sans aucun doute. Je m’épargne du trouble. Après tout, j’avais moi-même indiqué à ce triste sire de faire comme si j’étais morte. C’est un peu vrai. À force de l’aimer sans retour, une part de moi est vraiment morte. A disparu. Ne sera plus jamais là. Mais c’étais-tu nécessaire que cet individu me bourre de marde? Qu’il s’invente un personnage féminin autre, qui au final n’a aucune existence propre j’en suis persuadée, pour justifier qu’il ne sera plus jamais « officiellement » avec quelqu’un? C’était vraiment nécessaire, ça? Câlisse. Ça fait deux tours de calendrier. C’est comme si c’était hier. J’ai juste trop de mémoire. Une qualité (trop) compatible avec la rancune.

Les gens. Arrêtez donc de vous bourrer de marde les uns les autres. Juste vous dire la vérité, ce serait déjà pas pire. J’ai fait une purge y’a pas longtemps. Non. Pas un régime aux pissenlits ou au radis noir pour me décongestionner le foie. J’ai flushé du monde. Du vrai monde. Pis en les flushant, sans culpabilité comme on tire une chaîne de toilette, je leur ai vraiment dévoilé les véritables raisons à la base de ma décision. Qui dit flusher n’est pas synonyme, curieusement, de « bourrer de marde ». J’ai été honnête et transparente. Trop d’énergie inutilement gaspillée que de ne pas l’être. Ben quin. Je me dis qu’à force de me construire un château d’honnêteté, je vais finir par propager la technique comme la seule adéquate à adopter. Pis que même peut-être je finirai par tenir un immense banquet de la Vérité où y’aurait trop de convives, inspirés par la démarche. Mais non. J’suis toujours toute seule à mon party de Vérité. Visiblement, personne veut embarquer dans le mouvement. Dans les « on vous croit », « moi aussi » pis tous ceux du même acabit, y’a toujours pénurie de billets. Ça se presse au portillon. Pas de danger que le même phénomène se produise pour le simple fait de dire les vraies choses, sans mensonges, sans vernis, sans remplissage, sans botox de l’âme. Non. Pas de danger, vraiment. Longue vie à ton couple, dude. Qui sait. Avec un peu de chance, un alignement idéal des astres, un réalignement des chakras, un tsunami, une tornade, un Act of God, une apocalypse, un Deutéronome pis trois bières 8 %, tu vas peut-être finir par avoir du plomb dans tête. Peut-être. Dommage que toute ta connerie n’ait jamais servi qu’à tes propres intérêts… Ne me dites pas que j’écris bien. Je traduis la rage. Un état d’esprit qui a toujours trop de mots… et rarement les bons 😦

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Fantôme d’un couple à l’agonie

Cinéma Le Clap, 22 h 30. Je viens de sortir de la salle de projection du film A ghost story. Déçue. À moins que vous soyez un fan fini de longs plans-séquences où on voit un drap percé de deux trous au bord du gouffre psychologique, je vous conseille de passer votre tour. En gros, c’est l’histoire d’un couple dont les partis ne s’aiment plus. Ne vont pas dans la même direction. N’ont a priori strictement rien en commun, sauf d’être les heureux détenteurs d’un nombril et d’une capacité respiratoire. Elle : la fille quelconque, blême, maigrelette, craignant les bruits nocturnes de source inconnue… et qui fait non pas une crise de larmes, mais plutôt une crise de boulimie en dépeçant une innocente tarte à coups violents de fourchette en apprenant la mort de son chum. Lui : un musicien mélancolique, torturé, tout aussi quelconque, incapable de communiquer et possédant livres et disques en abondance. Doté d’un mutisme qui semble congénital, il est incapable d’user de ce qu’on appelle communément les mots pour expliquer à sa douce qu’il est attaché à la maison que tous deux habitent. Attaché au point de refuser d’en déménager. Elle, persuadée que cette hétérodoxe demeure est le théâtre de manifestations directement branchées sur le canal « au-delà » n’a qu’un souhait : déguerpir au plus vite de cette maison du malheur.  Tous deux s’opposent dès le départ. Rien ne semble les lier. Une mayonnaise qui ne pogne pas. On jurerait qu’ils entretiennent un banal partenariat domestique, se résumant à regarder, sourire en coin, mûrir les bananes. Bref. Pas la crème en termes de vie conjugale.

Loin de susciter, comme promis, la réflexion sur ce que peut représenter le deuil du point de vue d’un fantôme, ce film met plutôt l’accent sur la frustration profonde du spectre à la suite du départ de sa (jeune) veuve. Réactions de jalousie envers sa veuve lorsqu’elle laisse un nouveau type entrer chez elle… suivies d’une envie similaire lorsqu’une femme, unique chef de famille, y emménage avec ses jeunes enfants.  Flashage de lumières à répétition, cassage de vaisselle, bruits insolites, marques de griffes dans le recouvrement des murs… Aucun doute possible : on a affaire ici à un fantôme pour qui le lâchez-prise est absent. Un spectre vengeur, désabusé, passif-agressif par rapport à tout ce dont il est témoin. Une guenille qui traîne à terre. D’ailleurs, le cinéphile attentif ne manquera pas de remarquer que plus le film avance (si on peut parler d’un quelconque « avancement », vu la progression de l’histoire, plus lente que la démarche d’une tortue centenaire), plus le drap du spectre devient… sale.  Tout ce qui traîne se salit. Ce n’est clairement pas une maxime retenue par David Lowery, le réalisateur, avec son opus qui, à juste titre… traîne en longueur… Au point qu’un spectateur a décidé, durant une de ces scènes interminables, de quitter. Rien de moins. A ghost story : froid comme un congélateur en stainless steal. Ne suscite ni larmes, ni émotions. Sans couleurs ni saveur. Aseptisé comme un laboratoire de thanatologues. Seul note positive : la trame sonore, qui confère une quelconque touche d’humanité à un long-métrage qui n’en a, à mon avis, aucune. Moins trois étoiles (sur 10, ç’aurait pu être pire ;))

 

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L’indifférence, plaie des temps modernes

Je trouve le monde ben bizarre. Paradoxal. À une époque où tout le monde « se pompe », s’insurge, crie au scandale sur les médias sociaux parce qu’un politicien s’est peigné de travers ou s’est fouillé dans l’nez, en contrepartie, au quotidien, plusieurs personnes se drapent d’indifférence. À plusieurs niveaux. Exemple classique et concret du quotidien… Pour affaires, entretenir un lien professionnel, amical ou un feu (de paille?) naissant, vous envoyez un texto. Un message. Un courriel, appelez-le comme vous voulez.

Bien sûr, vous ne vous attendez pas à une réponse dans l’immédiat. Pas même dans la journée ou la semaine en cours. Vous z’êtes patients, tsé, et n’êtes surtout pas un tit bébé lala jaloux de la maturité d’un… poisson rouge. Vous êtes un adulte doté d’un (certain) bon sens. Vous n’avez jamais fait le bacon au centre commercial parce que l’article soldé était en rupture de stock. Votre livre de chevet n’est PAS le DSM IV. Bref. Vous n’êtes ni mieux ni pire que d’autres et relevez plutôt d’une anonyme moyenne.

Vous avez le profil de la personne qui « fait ses petites affaires ». Vous travaillez. Vous vous occupez de la marmaille. Du roulement et des contingences de la vie domestique. Vous payez vos taxes pis vos impôts rubis sur l’ongle. Avec un peu de chance, vous allez dans un « tout inclus » une fois par année. Des fois deux, les années impaires, mettons. Parce que contrairement à moi, qui peux me défouler sur des touches de clavier pour diluer mes humeurs grinçantes, vous, vous z’êtes enfermés non pas dans le Love train, mais dans celui plus plate et infernal de la routine éternelle. Mais lâchez pas. À 55 ans, j’imagine que ça va slaquer un peu. Tâchez de tenir le coup d’ici là.

Bref, vous patientez. Vous n’avez qu’écrit un texto, après tout. Pas de quoi en faire un plat, produire un édito digne du Huffington Post ou encore passer à Denis Lévesque d’urgence. Non. Mais v’là tu pas qu’après un laps de temps hautement acceptable, toujours pas de réponse à votre texto. Aïe.

C’est quoi l’affaire? C’est quoi, la date exacte où quelqu’un a décidé que c’était hot, que ça avait du poids, de la classe, de la prestance, de la crédibilité pis que, surtout, ça témoignait d’un « grand » respect envers son interlocuteur de pas lui répondre du tout? Jamais? Cliss.

J’sais pas vous autres, mais moi, ça m’irrite. Vraiment. Ça me dérange. Me froisse, appelez ça comme vous voulez. Aïe. Je l’sais ben que le monde tourne pas autour de ma (petite) personne. Qu’on ne me doit rien. Que j’suis (un peu) soupe au lait. Mais juste un peu, là. Que j’empêche pas qui que ce soit de dormir la nuit (ben ça fait un moment que j’ai pas eu de confidence à cet effet. Si l’inverse est vrai, j’suis pas au courant! Ahahaha!). Dixit un de mes amis quand il veut me faire réagir : « Dégaze, Ge. T’es rien. Tout l’monde est rien. On n’est tous personne dans l’univers ».

Mais quand même. Une réponse, dude/dudette. Ça te détruira pas les phalanges ni ne précipitera chez toi une crise d’arthrite juvénile. Tu resteras pas paralysé, tu cours aucun danger sinon celui d’une éventuelle discussion. C’est pas comme si tu venais de déposer sans préparation ton cv pour être cascadeur dans le prochain James Bond. Calme-toi.

Alors… pour (résumer), je trouve vraiment contradictoire que les gens crient à tue-tête et hyperréagissent à un paquet de trucs non-stop alors qu’ils sont parfaitement indifférents aux textos/messages/courriels qu’ils reçoivent et auxquels jamais ils ne donnent suite. C’est illogique. Je ne vous parle pas ici de développer une obsession de la réponse aux courriels douteux vous suggérant qu’un lointain parent décédé au Gabon vous a désigné comme héritier, que vous devriez vous procurer du Viagra, du Cialis, ou l’équivalent pour les femmes (sérieusement, ça existes-tu, l’équivalent pour les femmes?..) Je fais allusion au fait de traiter votre interlocuteur avec (un peu) d’une de ces valeurs vraiment plus à la mode en 2017, je sais : avec respect. Tout le reste est secondaire. Mettez ça dans votre pipe pis fumez. 😉

 

 

Doudou moderne? Nope, pas vraiment!

Quand j’étais p’tite (p’tite comme dans « quand j’avais entre un et quatre ans), j’avais une doudou. Pas originale ben ben la fille… plusieurs enfants cristallisent leur surplus d’affection à un moment ou à un autre sur ce que les psys appellent communément « l’objet transitionnel ». Tsé, cet objet rassurant qui a l’immense pouvoir d’être multitâche; il apaise la solitude, soulage le bobo que tu viens de te faire en piquant une fouille, te réconforte quand tu t’es fait chicaner par tes parents, name it. Ça pouvait carrément tout faire, ce machin-là. Ma propre couvarte, un genre de tricot plus gris que blanc à force d’avoir été traînée partout, portait même un nom. Oui, oui. C’était ma Copato. C’était même un nom de gars, tiens. Utile à savoir pour la suite. Aucune idée d’où l’idée avait germé, mais c’pas vraiment important.

Toujours est-il qu’un jour, estimant que j’avais atteint les limites de l’âge légal pour traîner ce genre de cossin, ma grand-mère m’avait prise à part et m’avait dit : « T’es trop vieille pour avoir une doudou ». Shit. J’avais quatre ans pis je parlais beaucoup. C’est vrai que ça devait jurer, une p’tite fille qui se blottit contre une couverture ET qui fait toujours des phrases complètes sujet-verbe-complément. Ma grand-mère avait son orgueil, quand même. Ça devenait peut-être ben gênant de voir gambader à ses côtés une fillette verbomotrice qui se la jouait bébé avec un bout de tissu. Faque. Confrontée à l’inéluctable, je m’étais séparée à regret de mon « objet transitionnel ». Y’avait pas eu de larmes ni de cris ou de crise. Pas de chantage affectif pour la garder, même en cachette. Pas de « rechute de doudou ». Elle avait tout bonnement disparu. Encore aujourd’hui, je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où elle a bien pu se retrouver à l’époque. Elle s’était volatilisée. Était retournée au néant. Ou avait été donnée à un organisme de charité en manque de vieilles couvertures. Je n’en ai jamais rien su.

J’étais bien loin de m’imaginer que des années plus tard, certaines personnes verraient en moi rien d’autre qu’une… « doudou affective ». Un objet transitionnel les aidant à passer à travers LES petits bobos de leur vie semi-tragique, sans même s’informer de mes propres bobos à l’âme. Non. Rien. Nada tsé. En vérité je vous l’affirme (ça fait Jésus-Christ comme formulation, mais avouez que ça sonne officiel aussi!) : « Oui, dans votre vie gang, vous croiserez sur votre chemin plein de gens qui n’ont en réalité que faire de vous. Ils s’en torchent. Le seul instant où ils feront semblant de se soucier de vous sera l’ultime moment où ils sauront qu’ils peuvent entièrement compter sur votre présence pour les apaiser, les écouter, les consoler, les distraire, les faire rire, leur donner « d’la peau », d’la bouffe, du cash, d’la boiésson, bref, du bon temps. Heureusement, au fil des ans, on anticipe généralement assez vite le profil de ces personnes, candidates à ce parasitisme aigu, pis on fait le ménage autour de soi. On sépare le bon grain de l’ivraie. Le malt de la lie. L’arbre de ses feuilles mortes. Bref. Vous saisissez l’image.

Faque c’est ça. À toutes les personnes au (trop) grand coeur, je vous le souligne à gros traits de marqueur Sharpie fluo pis toute : Ne soyez pas l’objet transitionnel de qui que ce soit. Devenez pas une doudou moderne. Sinon, vous finirez, au propre comme au figuré, comme une vieille couverte d’enfant : complètement lessivée à force d’avoir essuyé trop de larmes (celles des autres!) et trop distribué vos généreux services. Pensez-y. On me décrit comme généreuse, à l’écoute, drôle pis ben cool, mais j’suis pas une crisse de doudou. J’suis pas un objet transitionnel. Si tu vis trop de marde dans ta vie, que t’as rien à offrir mais tout à prendre de moi, achète-toi une couverte chez Clément pour enfants, enroule-toi dedans pis prends rendez-vous chez le psy. Pas avec moi. Amen.

Doudou2

National Geographic, la chasse, Terry Fox, pis l’auto-disqualification sportive.

J’ai eu plusieurs discussions musclées ou carrément loufoques avec des copines sur ce que sont (devenues) les relations hommes-femmes aujourd’hui. Un de mes amis, qui écrit, me répète depuis longtemps que je devrais d’ailleurs me lancer dans la narration d’opinion sur tous les « cas » existants… Je trouve que tout ça est devenu, depuis Sex and the City, du réchauffé, carrément. Pis personne ne trippe vraiment à mettre ses restants au micro-ondes, le soir. Manger la même chose deux fois par jour, ça donne une impression désagréable de jour de la marmotte, mais j’veux pas avoir l’air princesse non plus. Anyway, une princesse à loyer, on repassera. J’ai même pas de château, alors je laisse ce contre-emploi aux autres 😉 Si j’étais princesse, j’écrirais même pas. Je craindrais les rhumatismes à force de me déchaîner sur les touches du clavier 😉 Je m’économiserais au possible.

J’en reviens à mon élevage de moutons. J’estime qu’on frôle le désastre, dans les relations hommes-femmes. Les plus optimistes me diront que j’exagère pas rien qu’un peu. Sans être simpliste, j’aime bien y aller d’illustrations simples à comprendre pour concrétiser mes théories bizarres. C’est mon côté pédagogique, déformation professionnelle j’imagine. Notons que je ne me crois pas toujours dans mes déclarations, pis que plus souvent qu’autrement, j’emploie des images fortes pour qu’elles se transposent dans l’esprit des gens autour. Un genre de translation pas toujours très intellectuelle, mais qui a le mérite d’être claire 😉

Ayant été une fan finie de National Geographic et des pubs de Canards illimités durant mon enfance (ainsi que de la voix monocorde mais apaisante du narrateur doublée en français), j’ai remarqué très jeune une constante. Dans la nature, c’est le mâle qui capture la femelle. Qui lui court après. Qui prend des risques pour atteindre son but ultime. Qui travaille pour la conquête. Lorsqu’on applique le contraire, arguant l’émancipation pour justifier que les femmes aussi ont l’habitude de cruiser, on déstabilise une part d’une loi tacite présente dans la nature. Bon, c’est sûr qu’il y a toujours la mante religieuse qui, une fois sur deux, décapite son partenaire après copulation… elle, elle a choisi d’appliquer linitiative… extrême. Sans être biologiste, j’ai l’impression que toutes espèces confondues, c’est souvent plus le mâle qui a un rôle proactif. Féministes, calmez-vous. Je sens déjà l’insurrection publique, j’entends déjà les voix outrées de mes congénères me gueuler dessus : « à quoi tu penses??? C’est du grand n’importe quoi! Tu peux pas comparer les comportements animaux aux us et coutumes humains, tu peux PAS écrire que les femmes aiment se faire chasser et qu’elles, elles ne chassent pas, c’est sexiste, dangereux, épouvantable!.. »

Bon. Je ne parlerai alors pour personne d’autre que moi. Pas envie de finir mes jours enfermée dans une chambre à échos 😉 Je ne suis naturellement pas très à l’aise avec la chasse, les approches initiales, les discussions qui brisent la glace (selon une de mes amies, je suis si marginale que déjà là, dans des comportements adoptés par une majorité, je ne me retrouve jamais). Alors, oui, je préfère reporter le fardeau de l’amorce relationnelle au sexe opposé. Je ne dédaigne pas du tout me faire conquérir, chasser. Puis je n’estime pas non plus que plus le type en jette, plus il multiplie les efforts pour atteindre son but, plus il est manipulateur, crosseur, ou tout autre adjectif peu flatteur ayant la même terminaison. Peut-être que je devrais, remarquez. Mais dans un marathon longue haleine, faut quand même donner une chance au coureur, des fois. Tout d’un coup qu’au lieu d’un sprinteur tricheur à la Ben Johnson, je tomberais sur un Terry Fox rempli de charité pis de convictions sociales? (si vous ne comprenez pas la métaphore, je vous conseille de googler Ben Johnson et de vous remémorer son scandale aux olympiques de Séoul en 1988, pis si vous ne savez pas qui est Terry Fox, ben, euh… ben suivez le même cours d’introduction à la vie canadienne que les immigrants syriens).

Toujours est-il que c’est exactement ça. Je suis extrêmement timide dans la vie. C’est en réalité presque la seule raison pour laquelle j’ai étudié en journalisme. Pour avoir les deux pieds dans l’inconnu, le risque. Interviewer des personnalités publiques, des artistes, des acteurs de l’industrie québécoise, des élus municipaux, des inconnus sur la rue, ça déniaise d’aplomb. J’intimidais ma soeur, enfant, pour qu’elle demande au commis d’épicerie où se trouvait le paprika parce que je voulais me fondre au terrazo du Métro à la simple pensée de m’adresser à un adulte qui aurait la réponse que MOI, je n’avais pas.

C’est par un étrange mélange d’orgueil et de timidité extrême que plus souvent qu’autrement, je ne comptais plus le nombre de situations dans ma vie qui me paralysaient sur place. Aussi, le flirt est une de celles avec lesquelles je fige. À côté de ça, le lièvre pris dans le collet de chasse a l’air détendu et satisfait de son sort. En donnant la chance à l’autre de se démener pour faire le gros du travail, mon stress diminue, j’arrive à relaxer.

Par contre, je préfère le ben direct au supra indirect. Pis crois-moi, si tu m’dis de quoi, pas de temps à perdre à trouver un deuxième niveau à tes déclarations, je vais les interpréter intégralement dans ce qu’elles signifient. Pas de temps à perdre à leur trouver un second sens empreint de complexité et d’une vérité différente. Niaisage.

Exemple : un type me dit qu’il n’est pas un bon gars, qu’il n’est pas fiable, etc. Il me le spécifie en souriant, comme un genre de provocation, comme pour valider ma réaction à la suite d’une telle hum… « déclaration ». Je ne vais pas voir là une stratégie de sa part visant à tester la persistance de mon intérêt pour lui. Nope. Ce que j’entends, moi, c’est : « tu m’intéresses pas, fille. Pour être poli, au lieu de te le garrocher en pleine face, je prends un semblant de détour pour ménager ton ego. Vois comme je suis d’une sans pareille galanterie. Parce qu’à l’âge que t’as, fille, j’suis ben au courant que ton ego, t’as dû te le faire bousiller plus qu’une couple de fois par d’autres types comme moi qui trouvaient que t’étais pas tout à fait dans leur tale (Et moi d’ajouter mentalement : mais QUELLE tale???)

Donc. Je ne m’acharnerai pas. Je suis d’un naturel plutôt démissionnaire et je compose vraiment très mal avec le rejet. Certains me diront que tout le monde compose mal avec le rejet, mais je peux vous confirmer que si vous m’aviez vu la face en déconfiture la dernière fois que je me suis rendue chez une amie en pleurs parce que j’ai eu l’impression que ma vie personnelle, c’est AUSSI le jour de la marmotte, vous ne diriez pas ça. Si vraiment au départ j’avais un solide intérêt pour le type, ce qui malgré tout arrive, le maximum du risque que je peux courir (des fois, faut vivre un peu dangereusement, hahahah!), c’est d’acheter du temps en lui signifiant, si c’est vrai, que j’ai passé une belle soirée. La balle est dans son camp s’il veut qu’on se revoit. Je suis strictement incapable de quoi que ce soit d’autre, même que j’opte généralement pour la désertion, je minimise au max le risque de le recroiser quelque part. Je garde pour moi le sentiment de défaite, même si c’en n’est peut-être même pas une. En général, j’opte ensuite pour le repli sur moi, parce qu’on va se le dire : à force d’histoires à la conclusion malheureuse, on n’ose plus rien, on se replonge le nez dans un roman qu’on a négligé depuis des mois, on tourne des capsules humoristiques avec une de ses meilleures amies, on écrit (ça défoule), on se lance dans la pisciculture domestique, l’élevage de chihuahuas, la préparation d’un prochain voyage, le hot yoga, les cours de langue, le retour à l’université, n’importe quoi, ou encore, le classique : on se jette corps et âme dans le travail pour oublier que sa vie personnelle est un échec complet. Un examen pas terminé. Un brouillon. Une vieille liste griffonnée à la va-vite, tout juste bonne pour être balancée aux ordures et absolument non-recyclable.

Quand on me connaît un peu, on sait que mon dernier « vrai » chum remonte à même pas trois mois, que ça a à peine duré deux mois et demi, jusqu’à ce que le type déserte sans jamais me redonner de ses nouvelles. Et que c’est par la bouche de mon beau-père que j’ai eu la « joie » (ironie x 1000 000) d’apprendre qu’il avait un problème de jeu. Quand j’ai compris que même ses proches, travaillant dans le domaine des dépendances, n’avaient vu que du feu pendant des décennies, je me suis sentie un peu moins coupable de n’avoir eu qu’une très vague intuition de son réel problème, alors que je ne l’avais vu que deux fois… Sa petite voix. Toujours s’y fier. Elle, elle sait tout. Alors j’ai fait ni une ni deux et je l’ai bloqué de partout. Jamais on ne s’est reparlé. À quoi bon? Je ne sais vraiment pas ce qu’il y aurait eu à dire, de toute façon. C’était juste 360 % de merde.

Bref. J’aurais ardemment souhaité, la dernière fois qu’un type m’a fait tourner de l’oeil, pouvoir (au moins) lui glisser un mot à l’effet que moi non plus, j’avais pas eu un parcours facile. Que j’en avais braillé une shoot. Solide. Mais non. J’ai tendu l’oreille. Encore une fois. Le syndrome de Mère Térésa. Crisse. Parce que je suis une bonne fille. J’ai écouté les déboires du type, ne sachant trop qu’en penser. Naïvement, me suis dit qu’il avait sans doute un trop-plein. Qu’il avait besoin d’en parler. Je l’ai écouté. Deux, trois jours après maximum, j’étais saturée émotivement. Je me suis rendue chez une amie. Vite. Je ne pleure pas souvent. J’haïs ça. Je perçois ça comme une marque d’une ultime faiblesse. Je suis pas mal « gars » là-dessus. Mon amie a regardé mon mascara qui coulait, me rayant le visage menu de sillons noirs comme ce que j’avais en tête à ce moment-là. Elle m’a juste dit : « t’es tannée, hein, d’écouter les malheurs de tout le monde pis d’avoir jamais personne quand tu vis les tiens? De ne jamais pouvoir les raconter non plus? » Je lui ai juste répondu : « c’est exactement ça ». Je cherche pas Terry Fox. Mais je cours plus non plus. Aux marathons longue haleine, je me suis disqualifiée moi-même, ben fatiguée. Me planter en début de course dans les blocs de départ m’a jetée par terre trop de fois…

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La pièce de théâtre

Je discutais avec un collègue de travail. Discussion basique là. Pas sur le sens de la vie, la physique quantique, le climato-scepticisme ni les conspirationnistes aux USA. Thème abordé : les masques, les caméléons d’attitude, ce genre de truc. En fait, mon collègue est convaincu qu’il est obligatoire de se gréyer de plusieurs personnages, question de survivre aux différents contextes de vie auxquels on doit faire face tous les jours. Convaincu que la vie est une pièce de théâtre.

J’adhère plutôt au contraire de sa théorie. Rien de surprenant : suffit que quelqu’un déploie un minimum d’énergie pour m’étayer une théorie douteuse que je lève déjà le ton pour crier « objection ». Non. J’y crois pas. J’ai pas assez de charge dans ma batterie pour m’inventer trois-quatre personnages et en changer au besoin. C’est bien trop de trouble. Un pour le travail salarié, un autre pour le travail autonome, un autre pour mon (absence) de vie affective et un dernier pour la famille. C’est trop schizophrénique pour moi. On n’y voit plus clair, le personnage utilisé finit par oublier ses lignes de texte. Il s’embrouille, sort à l’entracte, se trompe de costume, échappe du café sur sa tunique, perd ses mitaines comme le p’tit chat de la comptine pour enfants. Une amie m’a pourtant dit à la blague que j’étais un des « personnages » dans sa vie. J’sais pas si j’ai un rôle-clé, un rôle de soutien, si j’fais un caméo ou si je suis comédienne substitut dans sa pièce, mais j’trouve que de changer d’attitude en tous contextes, c’est pénible. J’ai pas dix faces. Juste une me convient. Je la vois tous les matins dans l’miroir pis j’vis très bien avec son reflet.

C’est triste de tomber sur quelqu’un du type « chat qui sort du sac ». Du genre que le masque est ben soudé au vrai visage de la personne. Tellement bien soudé que c’est trop facile de se laisser charmer. Degré de difficulté zéro. À un moment donné, le pitch de vente de la personne prend fin abruptement. Plutôt rapidement si la personne est heureusement assez intègre. Mal à l’aise de voir que toi, t’as pas de personnage défini pour jouer la game avec elle, elle t’avoue d’un trait la vraie situation dans laquelle elle est plongée. Ça m’arrive de temps en temps. Ça m’attriste presque tout le temps. La dichotomie entre l’emballage des gens et leur contenu réel me sidère souvent. Si j’étais plus instinctive, je pourrais peut-être déjà anticiper ces personnes. Savoir ce qu’il y a à savoir sur elles bien avant qu’elles m’en fassent la confidence de leur propre gré. Mais je ne suis pas rendue à ce stade. Tout au plus, je devine parfois certaines choses… Ce qu’elles font dans la vie. Ce qu’elles aiment. Combien de membres leur famille immédiate comporte. Le nombre d’enfants qu’elles ont. Leur situation personnelle. Etc. Je suis pas pire dans ce genre d’anticipation. C’pas encore parfait, mais la voie de l’amélioration est franchie.

Au moins, une fois prématurément au courant des vraies affaires, je ne peux pas reprocher à l’autre personne d’avoir voulu me mener en bateau. Au contraire, même en partie déçue de la réalité, je ne peux que saluer sa franchise. La franchise fait parfois involontairement mal, ou peut-être n’est-ce que la réalité qui est une lame trop bien aiguisée plus souvent qu’autrement…

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