Ces gens bizarres (pleine lune épisode 2, série 1)

J’y reviens, à cette pleine lune… qui entraîne des comportements bizarres dans… mon voisinage, entre autres… que je ne connais pas, que je ne connais pas (ceci dit, pour la génération Passe-Partout, je suis persuadée que vous reconnaissez les paroles en italique. Parenthèse…)

Toujours est-il qu’après une semi-éreintante journée au CHSLD et ma razzia habituelle à l’épicerie, je décide de manger ce que j’ai cuisiné dehors, dans la cour, parce qu’il fait si beau. Et que tout ce qu’on entend à cette heure, ce sont des paroles lointaines : celles des joueurs de soccer au parc, pas loin. En achevant la cuisson du souper en question, (pas de crainte à y avoir : malgré les miaulements de mon chat toute la nuit passée, je ne l’ai pas apprêté avec du basilic frais et des pâtes, je suis pet friendly, après tout) je prépare mes p’tits trucs pour me mettre dans l’mood pique-nique : p’tit napperon, tasse à café, assiette… J’ai les bras chargés en sortant, et je cherche instinctivement des yeux la table à pique-nique la plus épargnée des bombardements de crottes d’oiseaux. Je semble un peu chercher quelque chose, je l’avoue. Mais j’ai quand même pas l’air, ici, d’une maniaque à la chainsaw en quête du prochain pigeon à trancher en deux. Je précise que je n’étais pas habillée en mou, mais pas en Gala des Oscars non plus. Du genre jeans, chandail à manches courtes bleu royal et veste longue par-dessus. Mainstream. Rien pour attirer et encore moins retenir l’attention de qui que ce soit. Juste du normal.

Ben vlà-tu pas que j’entends distinctement une voix de femme prononcer les paroles suivantes, sur le même ton suspicieux que si elle avait entrevu un Aliens : « Hé, tu as vu? Il y a une dame dans la cour… Ben oui, une dame dans la cour qui vient de passer… » Je me retourne et jette un regard dans la direction d’où j’estime que provient la voix, c’est-à-dire la fenêtre du rez-de-chaussée du bloc. Pendant un instant, je me demande si on a remarqué ma présence parce que j’ai oublié d’enfiler des jeans et que je suis sortie sans m’en rendre compte en jambes. C’est fou comme on peut être distrait, après tout, quand on est trop dans sa tête… Mais non. Vérification faite, je portais bien des jeans. Et là, je vois un club social de madames d’un âge (incertain) groupées devant leur fenêtre  comme si je n’étais pas là. Elles semblent partager certains points communs outre leur voix rauque d’ex-fumeuses, notamment l’attrait irrépressible pour les cabines de bronzage, à en juger par leur air « grimé », comme l’aurait décrit feu ma grand-mère. On entend un medley de tounes quétaines en arrière-plan. Je me suis sérieusement demandé quand le danseur qu’elle avait sûrement « commandé » se pointerait dans leur pow-wow de quinquagénaires étrange. Je me suis dit : « Tiens, en vlà qui s’ennuient rare : elles espionnent la voisine qui dîne dans la cour. »Pas gênée comme je le suis dans ce genre de situation, je leur dis, d’une voix teintée d’un léger sarcasme : « Ben oui. Des fois, y’a des gens qui dînent dans leur propre cour. Ça arrive. C’est bizarre de même, surtout pour ceux qui vivent ici (et je pointe la porte à côté, la mienne). Ne soyez pas inquiètes. » Le pire est qu’elles m’ont d’abord dit qu’elles n’avaient pas entendu ce que je venais de leur dire . Probablement pour s’éviter l’humiliation d’avoir été prises en flagrant délit « d’espionnage ». En tout cas…

C’est bien la première fois de ma vie que je me suis sentie autant confortée dans mon samedi soir plate comme la pluie, parce que je travaille à l’heure des poules le lendemain, et que je devrai m’envoyer une dose format Costco de mélatonine si je veux espérer abrutir les moutons de sommeil avant d’en avoir fini le compte. Yes. C’est maintenant confirmé hors de tout doute : y a des p’tites madames qui ont encore moins de vie que moi un samedi soir. Juste ça, ça me réconcilie avec la vie, ce soir 😉

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Cauchemar, mauvais sort!

Ça allume une p’tite lumière dans votre tête, la toune Cauchemar? Ben oui, elle est de Charlebois, alias Garou. C’était avant que l’autre Garou lui usurpe ce titre réservé. Enfin… C’est la seule portion « informative » du texte. Une parenthèse.

L’idée est d’évacuer mon cauchemar de la nuit passée. J’ai bien voulu le raconter à mon chat au réveil… mais j’avais pas grand feed-back de sa part. Tout au plus il clignait des yeux lentement, l’air blasé, regardant ailleurs, l’air de s’en foutre royalement. Quel rêve de marde!..

Je devais assister à un souper à « thématique » médiévale, nettement pas mon style. Ça se passait dans une semi-grotte en carton-pâte, tentative cheap d’imitation d’une cache secrète ou de je ne sais quel repaire louche. Les assiettes de service étaient en cristal au plomb (allô l’intoxication neurologique!). Fallait bricoler le reste de la vaisselle avant de manger (ustensiles, verres, serviettes de table), ça faisait partie du rituel du repas. Je faisais exprès de prendre mon temps au maximum pour, surtout, ne pas être tenue de manger le contenu de mon assiette, dans laquelle il y avait… un bébé dragon! Ouache! Jaune et tacheté de vert,  (et mort, au moins!), il avait l’air caoutchouteux et impossible à couper. Sa langue sortait. Ses yeux étaient fermés. C’était déjà ça. Existe-t-il quelque chose de plus dégoûtant qu’une bête morte dans son assiette, les yeux grand ouverts et le regard vide?.. Ark! C’était franchement dégueulasse, le coeur me levait jusque dans les amygdales. C’est vous dire… Je me demandais dans quelle animalerie insalubre on vendait à des « restaurateurs » des lézards modifiés en les faisant passer pour des bébés dragons, apparemment un mets de luxe hautement prisé. Je fus la seule à soulever ce questionnement légitime.

Tout le monde semblait se contrebalancer de l’absurde de la situation. On entendait les claquements de langue des gens qui s’empiffraient comme s’ils n’avaient rien ingéré depuis la Deuxième Guerre mondiale. Comme s’ils étaient eux-mêmes transformés en ce qu’ils mangeaient : des lézards à grande langue (pis à grande gueule!). Ça sapait copieusement, les postillons revolaient partout, les bébés dragons passaient au cash, c’était abject. Y’avait de la bouffe un peu partout, plus juste dans les assiettes. J’étais la seule à ne pas toucher à mon « repas ». Sûrement que j’éprouvais, en plus du dégoût, une peur viscérale de contracter la salmonellose en bouffant ce qui ressemblait à un lézard mort.

Je soupçonnais d’ailleurs l’hôte (à l’identité inconnue) d’avoir tout bonnement voulu empoisonner tous ses convives à coups de bouchées de bébé dragon pas frais. Mais j’avais l’air de la seule personne inquiète d’une telle éventualité parmi toutes celles attablées. Je jetais discrètement un coup d’oeil vers ma mère. Comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, elle tentait de couper son dragon pour le manger. Elle riait… Je lui criais : « Arrête, c’est dégueu, tu vois ben qu’il se coupe pas! » Elle m’écoutait pas et continuait sa besogne de bouchère amateure. Beurk. Anyway, personne n’écoute jamais vraiment les avertissements que je leur sers, que ce soit dans les rêves ou dans la vie réelle. Mais bon. C’est une autre histoire.

Donc ce « souper », clairement une torture, s’est finalement abrégé, heureusement pour moi. Dieu merci. La suite n’est pas mieux. Je me rappelle que l’hôte est allé chercher une adolescente malade de la fibrose kystique. Pauvre petite. Son corps, transparent, était parcouru de tuyaux sophistiqués, dans lesquels on voyait son sang, épaissi et mêlé à du mucus qu’il fallait drainer jusqu’à leur embouchure par de longues séances de clapping. Et que le gars (l’hôte) avait appris aux convives la technique du clapping, sûrement la seule chose positive qu’il ait faite de tout le repas. En même temps, je trouvais complètement anachronique cette démonstration d’un traitement médical après un souper. Je me suis demandé si ce n’était pas une ultime occasion qu’on nous offrait d’éviter l’empoisonnement alimentaire alors que nous aurions vomi tout notre repas, dégoûtés par le mucus sortant des tuyaux. J’savais pas trop. Encore là, personne ne posait de question. C’était troublant.

Dernière « portion » (et non la moindre!) de ce rêve débile… Je me rappelle que ma soeur voulait aller visiter je ne sais qui avec… avec… avec une cr??&&**((( de grande perche blonde, qui existe vraiment, et qui, comme on s’en doute, n’est pas mon amie. Pourquoi cette personne, au nom à consonance slave, à la limite d’un nom de danseuse, et qui était partie, dans la vie réelle, avec mon prospect d’il y a quinze ans, est venue hanter mes rêves, je n’en ai pas la moindre idée. Toujours est-il que j’étais furax de voir qu’elle était devenue la nouvelle meilleure amie de ma soeur, cintrée dans son trench hors de prix et soutenue par ses jambes de huit pieds de long. Je voudrais vous dire que la conclusion de ce rêve est que je foutais une jambette à la grande blonde, que je sauvais l’adolescente d’une mort certaine par étouffement au mucus et que je passais à Denis Lévesque pour avoir dénoncé un réseau clandestin d’animaleries vendant des lézards / crocodiles à des restos chic, mais non. Tout au plus, ma soeur est partie avec sa nouvelle « meilleure amie », mon ennemie numéro 1, et m’a laissée en plan sur le trottoir… Mon premier bonheur de la journée fut de me réveiller à huit heures ce matin, constant que rien de tout cela, fort heureusement, n’était réel 😉

Source de l’image : http://www.cuisine-du-cambodge.com/special-crocodile-food-au-cambodge

croco-cambodia

La théorie du stationnement

Se stationner est un art (sans compter le stationnement en parallèle!..) C’est un peu comme l’art de « se poser » quelque part dans sa vie professionnelle, personnelle ou affective : la manoeuvre est parfois plus facile avec des contraintes, des balises, des cadres qu’on se fixe. Ou qui sont déjà fixés au départ. Parce que si, du jour au lendemain, ces balises n’y étaient plus, la personne serait perdue comme la p’tite ballerine éjectée de son coffre à bijoux, plus de tutu pis tête première.

Si je devais stationner ma voiture quelque part dans un très petit espace, vous pourriez être certain que même si je doutais au départ de la faisabilité de la manoeuvre, j’accomplirais le tour de force de la garer les yeux fermés. Ou presque. Du premier coup. Sans lui érafler le nez le moins du monde. Sans faire d’elle une candidate à un aller simple chez Fix Auto. Ça se ferait comme un charme. Parce que je n’aurais PAS eu trop de temps pour penser. Y aurait eu aucune question à me poser. Pas de place pour le doute, ni pour la prise 2. J’réussirais du premier coup. À moins d’être dans un stationnement d’autos tamponneuses (et ce n’est clairement pas mon propos… By the way, ça n’existe pas, j’pense). Mais je ne peux toutefois écarter le risque inhérent d’accrocher l’auto à côté de la mienne. Ou pire : celui d’accrocher LES deux autos de chaque côté de la mienne. En tout cas. Le risque zéro n’existe pas. Pas même dans les parcs d’autos tamponneuses…

Inversement, quand le stationnement est désert, c’est inévitable : je suis distraite pis je me stationne aussi droite que la dix-neuvième lettre de l’alphabet. Comme si je me mettais à douter du meilleur angle à donner à l’auto en l’immobilisant. Comme si j’me disais inconsciemment : « fuck, c’est quoi la patente? Il y a ben trop de place, ici. Y a bien trop de scénarios possibles. » Des plans pour que je sois pratiquement incapable de me stationner en ligne droite. C’est bête de même. Fatalement, j’immobilise alors mon véhicule tout de travers, dans un style plutôt… créatif. Ou digne d’une contravention. On confondrait sans doute mon genre de stationnement avec celui de Stevie Wonder. Ou on penserait que les lignes ont été tracées par un astigmate, c’est selon. C’est un peu ça, la théorie du stationnement. C’est être pris de court devant un éventail d’options, car on craint surtout de ne pas saisir la meilleure… Avoir plein de possibilités n’est clairement pas une garantie du meilleur choix. Mais n’avoir aucune marge de manoeuvre n’écarte pas non plus le risque d’un « accrochage » potentiel…