Temps partiel occasionnel, zoo et vie sauvage

J’avais besoin de dormir ce matin. On fait sa chance dans la vie, ça a l’air. Je dois mener une bonne vie (je peux dormir le matin) 😉

Quand je m’étourdis dans trop d’affaires, je n’ai pas l’esprit à la dictature du christi de bonheur exempt de tout chialage qu’on nous pousse au fond de la gorge, comme si c’était passible d’exil forcé de ne pas y adhérer… Je me suis dit que c’est sans doute en partie une chance que je n’aie pas d’enfants… parce que j’ai tout le loisir de dormir comme un loir dans le coma les samedis matins… et que la grasse matinée, est bonne en cibole aujourd’hui. Après plus de deux semaines de travail non-stop, que j’ai roulées à trois emplois en même temps, arrêter devient aujourd’hui LA chose à faire.

Je sais pas trop dans quel dédale s’est égaré l’hémisphère droit de mon cerveau pour que j’en arrive à cette conclusion, mais j’ai remarqué que mon statut d’emploi s’appliquait à d’autres facettes de ma vie. Temps partiel occasionnel. Bonne nouvelle ou pas, on a l’air d’être une moyenne division d’un vaste club social à naviguer dans ce bateau-là. L’histoire ne dit pas si le navire en question contient suffisamment de canots de sauvetage pour tous les passagers à bord, mais bon. Au pire je m’en fiche. Ça fait longtemps que j’ai appris à nager en eaux troubles, avec des sacs de sable aux poings et aux chevilles s’il vous plaît. J’ai même pas peur de couler à pic. Comme Raspoutine, j’ai survécu à pas mal tout 😉

Des fois, j’entends des gens me dire des trucs qui ressemblent à : « Ouin, ça doit pas être facile d’être pigiste, avoir trois emplois, pas de sécurité dans rien, des revenus variables chaque année (…) As-tu un chum? Non? Tu dois pas avoir le temps, anyway… »

Ça me donne envie de développer sur le sujet. Je pourrais rester dans le domaine maritime pour la comparaison, mais je change de registre. J’fais un petit National Geographic de moi-même. Je suis allée au zoo de Granby, l’autre fois. Je n’apprends rien à personne en précisant que la plupart des espèces qu’on y retrouve ne sont pas faites pour habiter en cage, à s’abrutir et à grossir dans un espace réduit, sans la possibilité de bouger autant que dans la nature, sans défi pour survivre puisque sans prédateur naturel… Avec la main d’un gardien qui les nourrit avec de la bouffe enrichie, dosée en protéines, en nutriments, en vitamines, en fibres… Une bouffe cliniquement mesurée, sans aucun rappel du goût grisant de la vie sauvage pour gâter les sens des pensionnaires du zoo… Cette vie sauvage dont les animaux ne se souviennent probablement même plus, puisqu’arrivés au zoo bébés, dopés au Gravol dans une p’tite cage, frette parce que crissée dans la soute à bagages d’un avion avec la mention live animal. En blanc sur fond rouge. Une étiquette à l’image du continent qu’ils ont quitté : trop vaste pour la cage…

Au zoo de Granby, (j’y reviens) y’avait un ours. Ceux qui sont allés sauront à quel plantigrade je réfère. Pogné dans son enclos à ciel ouvert, il était complètement zinzin. C’était certainement pas en pleine forêt au nord des Laurentides qu’il avait développé le TOC qui l’envahissait. C’était d’une tristesse de le voir exécuter, sans relâche et toute la journée, une étrange chorégraphie. Comme un danseur en ligne zombie, il partait toujours du même bord, passait sous une chute d’eau… Ça lui faisait des empreintes mouillées dans lesquelles il ne pouvait s’empêcher de remettre les pattes, exactement dans la même position, en revenant sur ses pas après sa petite douche sous la chute… Jamais il ne levait les yeux. C’était même à se demander s’il voyait les visiteurs, séparés de lui par une surface de plexiglas à l’épaisseur calibrée pour résister en cas d’impact. Au cas où l’ours, il en aurait un jour vraiment marre de cette vie neurasthénique, sous le regard d’une gang de ploucs qui rient de sa détresse, prisonnier d’un confort qui aura finalement eu raison de sa santé mentale. (J’suis sûre que la santé mentale des ours, ça se mesure…)

Museau vers le bas, il croisait les pattes en se déplaçant, jusqu’à ce qu’il revienne à son point de départ. Certains visiteurs, au regard sociétal peut-être plus critique que d’autres, décriaient le phénomène, clamant haut et fort, avec raison, que cet ours n’était certainement pas heureux. D’autres le regardaient sans broncher, perplexes. Ils voyaient sans doute en cet animal un reflet de leur propre vie, version animale : un être vivant s’adonnant à une chorégraphie répétitive, sans but, exécutée dans une cage à ciel ouvert, jour après jour… le résultat de l’opium du quotidien auquel bien des gens se parfument sans se poser de questions, sans se demander à quand le moment où ils feront éclater les barreaux de leur petite cage… de leur petite cage qui, un jour, inévitablement passera de refuge à lieu qu’on veut fuir sans se retourner, au risque de se voir transformé en statue de sel.

Ben c’est ça. J’en reviens aux humains. C’est sûr que pour certaines personnes, jouir d’un forfait « tout-inclus », comme les animaux du zoo, ça comble leurs aspirations profondes. Je ne les juge pas (trop).  Ils ont mis des années à se choisir un terrain, pis ben de l’énergie à ériger chacun des barreaux de leur de belle cage, qu’ils soient d’or, d’acier, de laiton ou de fer forgé. Au quotidien, ils brûlent ben du gaz à parler de leurs rénos, de leur BBQ, du camping, des spéciaux au Costco, du chalet sul bord de l’eau qu’ils veulent avoir à leur retraite,  de leur BBQ à j’sais-pas-combien-de-BTU (pis c’est quoi c’t’unité de mesure-là, by the way, un BTU???). Ils exhibent fièrement à de purs inconnus les photos de leur portée de chatons domestiques (lire d’enfants), qu’ils n’ont pas le temps d’élever parce que trop occupés à payer l’hypothèque, à réparer la maison, à faire l’épicerie au Costco pis à se faire accroire qu’ils échappent à tout ça une fois par an, durant leurs deux ou trois semaines de vacances estivales. Ils sont nourris à la mitaine pis semi pris en charge par un partenaire plus ou moins stable, plus ou moins fidèle, plus ou moins équilibré… ils ont d’autres petits lionceaux à élever, d’autres p’tites bêtes à qui inculquer que c’est donc valorisé, en société, de se crisser dans la cage qu’on a choisie. Que la vie, c’est ça : grandir, étudier, devenir indépendant, choisir sa cage, pis pourrir dedans. S’y perdre à p’tit feu.

J’ai pas rencontré ben des adeptes du modèle conventionnel dans ma vie à qui l’histoire de la cage a réussi. Les gens les plus heureux qu’il m’ait été donné de rencontrer ont fait les choses autrement, ou se sont mis en cage sur le tard, ou ont fait du monde leur cage parce qu’ils ont beaucoup voyagé ou continuent de le faire… ils ont refusé tous les standards et les impératifs rencontrés sur leur route et n’en ont fait qu’à leur tête. Quand tu décides un jour que les cages, c’est pas pour toi, aussi bien ne pas t’exposer par la suite à des tentations où tu risques de laisser derrière toi une portée de lionceaux que tu ne te vois pas convaincre que la vie, c’est dans une cage que ça se passe…

Ceci dit… Oui, c’est stressant d’être pigiste. C’est dur d’avoir une vie professionnelle et affective qu’on peut englober sous le vocable « Temps partiel occasionnel ». Mais ça a ses bons côtés aussi. Ça comporte une liberté immense. Pendant que d’autres construisent leur cage, moi, je fais éclater les barreaux. 😉 Si vous êtes encore en vacances, prenez donc le temps d’aller le voir, cet ours du zoo de Granby. Dans mes fantasmes, il grimpe le long du mur en plexiglas sans déraper, s’enfuit à grande vitesse sans demander la permission, dévalisant au passage tous les stands de barbe à papa pis de pop-corn au caramel à sa portée. Cet animal donne une franche leçon à qui sait l’observer… Qui sait… Le scruter vous fera peut-être réfléchir. Réfléchir, c’est un luxe que la vie offre à ceux qui ont du temps, je sais. C’est valorisé, dans l’absolu, de courir après sa queue et de se vanter de n’avoir même pas le temps de cligner des yeux. Mais pensez-y : peut-être qu’en prenant le temps, vous aurez moins envie de vous défouler sur les barreaux de votre cage…

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Image d’un zoo en Chine où les animaux sont libres et les humains, en cage (www.sousesprit.com)

 

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SPM, DSM V et cie

Récemment, j’ai demandé à un ami qui travaille en collaboration avec des médecins et des infirmières sur des protocoles de recherche pourquoi les résultats d’aucune étude sérieuse n’étaient publicisés au sujet du syndrome prémenstruel. On était juste tous les deux. On attendait sagement notre commande au resto. La bouteille de blanc était bonne (et presque vide déjà). Je jonglais avec l’idée d’en commander une autre juste avant de lui poser la question. Il n’y avait pas foule. Aucun voisin de table indiscret ne tendait l’oreille à nos discussions. J’estimais que le timing était bon pour poser ma question qui tue. Il venait de me parler de la dernière recherche sur laquelle il travaillait en plus. C’tait l’temps.

J’ajoutai que je n’avais jamais envisagé de ma vie de participer à une étude clinique, mais que si des cobayes étaient recherchés pour le développement d’un putain de médicament qui préviendrait, voire qui me débarrasserait de ce maudit syndrome jusqu’à la ménopause, j’étais volontaire. Je lui ai même dit que pourtant, le trouble dysphorique prémenstruel avait son entrée dans le… DSM V… Il m’a jeté un drôle de regard, chargé de scepticisme. J’aurais parlé du trip à trois d’un défunt à son hommage funèbre que je n’aurais pas créé de silence plus pesant. Pour me donner une contenance, je pris une longue gorgée de vin. Un blanc sec. J’pensais pas que c’était encore tabou en 2016, ce sujet-là.

Après quelques secondes qui me semblèrent une éternité, il répondit enfin.

-Ben oui, il existe des études. Je t’enverrai des liens, la plupart sont en anglais. Ça va pour toi?

-Euh oui. Je n’ai pas de problème à lire des résumés d’études en anglais. On dirait que c’est comme la psychiatrie, le SPM… c’est le parent pauvre de la recherche. Dire que des chercheurs travaillent toujours aussi activement pour trouver un vaccin miracle au SIDA, ou les gènes responsables d’un paquet de trucs bien moins communs, mais que rien n’est publicisé de façon aussi large sur les solutions médicamenteuses pour prévenir ou abolir le syndrome prémenstruel, c’est plutôt étonnant…

-C’est que la subjectivité et l’individualité des symptômes décrits par les femmes sont si grandes que ça complique les recherches…

(C’est là que j’avale une autre gorgée de vin.)

-C’est dommage… C’est une réelle souffrance. Je sais que certaines personnes disent que les femmes se servent de ce moment du mois comme prétexte pour manipuler leur entourage avec leurs états d’âme, mais c’est archifaux. Les pires chicanes de ma vie, les décisions les plus idiotes, les dépenses les plus irrationnelles, les cauchemars les plus réalistes et les moments les plus noirs, je les ai subis durant cette période. Je suis même presque sûre que si on poussait la note jusqu’à faire une compilation, selon le cycle, des dates de mort par suicide d’un échantillon de femmes donné, on remarquerait que la date de leur décès concorde avec celle du milieu de leur SPM respectif. C’est vraiment l’horreur, j’te jure. Pis ça dure un sacré bout de temps dans une vie de femme…

-OK, alors toi, c’est comment?

-L’apocalypse… En gros… c’est comme si j’étais plongée au fond d’un puits à sec, et qu’un dude malveillant me jetait des pelletées de terre pour m’y enterrer vivante, tu vois?.. Mes pensées sont très noires. Je ne vois d’issue à rien. Je prends cinq livres chaque fois. Que j’ai de plus en plus de difficulté à perdre au fil des ans, ceci dit. Je fais de la rétention d’eau. J’ai mal au ventre. Je suis fatiguée, je pleure pour rien. Une pub de pâte à dent m’émeut aux larmes (!!!) Je suis fatiguée, pas juste physiquement, surtout mentalement. Je crie après les gens qui me coupent au volant, ne respectent pas les priorités à « un quatre stops » ou passent devant moi comme si de rien n’était dans une file d’attente. Je suis déjà allée engueuler un gros colon pas de classe qui était sorti de son pick-up pour intimider la vieille dame à qui je donnais un itinéraire routier, (elle était dans l’auto en face de son pick-up et ralentissait le débit de sortie des voitures dans un… stationnement)

Ça me prend ma poutine mensuelle. Juste pendant cette période, et seulement une mini. Tout me tombe sur les nerfs. Je me trouve moche, grosse, vieille. Finie. Seule. Le sport et la bouffe santé m’aident à peine. Ou ne m’aident pas du tout, en fait… Les forts bruits m’agressent. On dirait que j’entends davantage, que je sens davantage les odeurs. Surtout les plus repoussantes. Je suis nauséeuse, surtout le matin. Je ne veux voir personne. Toute interaction sociale durant cette période devient une potentielle source de conflits et est généralement prohibée. Ma vie au grand complet est un échec. Je ne me sens bonne à rien. Les choses que j’aime habituellement ne me tentent plus, je deviens une larve, au propre comme au figuré. Je braille devant mon miroir, question d’abréger au max la séance (personne n’aime se voir le visage décomposé par les pleurs, ça fonctionne comme stratégie), je casse des verres, je perds mes clés ou d’autres trucs importants. J’oublie de payer des comptes, d’acheter du lait, de la bouffe pour le chat ou d’autres trucs. Je fais cramer des plats dans le four. J’ai toutes les misères du monde à me concentrer sur les discussions les plus élémentaires. J’ai l’impression de m’être fait voler la moitié de mon cerveau par un trafiquant d’organes en pleine nuit (…)

Il sourit.

-C’est tout?

-Euh… non… c’est ce qui me vient en tête pour le moment, disons…

Il prend un air sincèrement triste.

-Ça me fait mal au coeur de t’entendre me raconter tout ça…

(C’est le moment de l’histoire où si je m’étais écoutée, j’aurais sauté par-dessus la table pour le serrer dans mes bras : c’est la première fois de ma vie qu’un type prête une oreille non seulement attentive mais compatissante à mes complaintes prémenstruelles). Je profite du moment pour souligner que c’est vrai que c’t’un sujet plate, mais parfois nécessaire 🙂

-En fait… je pense que je suis certaine que l’industrie pharmaceutique détient déjà la solution pharmaceutique ponctuelle pour des cas comme le mien… c’est pour ça qu’il y a pas ben ben d’études sur le sujet en cours… ou qu’elles ne sont pas largement diffusées…

-Et pourquoi tu penses qu’elles ne sont pas diffusées?

-C’est ben simple. Comme pour le reste de tous les médicaments, c’est une question de cash… Soulager les femmes de leur syndrome prémenstruel serait un véritable sabot de Denver à une économie qu’elles font rouler à plein durant cette période.

-Ah oui?

-Oui. Selon moi, les femmes en SPM sont beaucoup plus émotives, donc plus impulsives. Qui dit impulsion dit consommation. Je ne suis pas la mesure de toute chose, mais si je me fie à ce que je fais dans ce temps-là, je consomme vraiment plus que d’habitude! J’me sens grosse? J’achète des barres protéinées. J’me sens vide? J’achète un roman ou je vais au cinéma pour me prouver que la vie de personnages fictifs est plus pathétique que la mienne. J’me sens laide? J’prends rendez-vous chez ma coiffeuse, j’m’achète de la lingerie ou je renouvelle mon stock de mascara pis d’eye-liner. J’m’achète une tite crème à face ben au-dessus de mes moyens pour me convaincre que je prends soin de moi pis que ça me fera paraître trois ans de moins si j’m’en tartine le minois chaque matin pour les huit prochains mois. J’suis fatiguée, à boutte? J’m’achète du café chez Second Cup pour me réveiller. J’vais au spa pour me détendre. J’m’achète du vin pour me forcer à aller dans des soupers d’amis pis leur déclamer ma déveine jusqu’à quatre heures du matin. Bref. J’sais pas c’est quoi l’incidence des femmes en SPM sur l’économie mondiale, mais je suis sûre que ça a son influence non négligeable. Faudrait créer un comité formé de spécialistes en santé, en économie, en éthique pis en consommation pour en mesurer les effets…

Il rit.

C’est cool. Au moins, j’arrive (encore) à en rire.

Paix dans votre coeur, les femmes. Espérant que vous l’ayez plus facile que moi. Et pas de rumeurs, là. Non, malgré tous les symptômes décrits, je n’ai JAMAIS ÉTÉ enceinte. 🙂 🙂 🙂 Bonne affaire. Je me dis que ce serait peut-être pire 😉

Ciao. J’m’en vais me taper dix kilomètres à la course pour perdre mon cinq livres de trop.

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B0003328 Anger Credit: Nanette Hoogslag. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk http://wellcomeimages.org Anger Digital artwork/Computer graphic 2000 Published: – Copyrighted work available under Creative Commons by-nc-nd 2.0 UK, see http://wellcomeimages.org/indexplus/page/Prices.html

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Rita vous répond

Y’a de ces matins qui goûtent amer, pour ne pas écrire qui goûtent la marde, malgré les trois tasses de café réglementaires que je me suis envoyées derrière la cravate (même si je n’en porte pas). C’est d’ailleurs une maudite bonne affaire qu’il n’y ait pas de cravate dans mes tiroirs. J’en aurais utilisé une couple pour étrangler les ombres nocturnes, grandes responsables, j’en suis sûre, de mon cauchemar de fou. J’en veux pas trop souvent des comme ça. Se lever tôt, mais stressée pis à l’envers à cause d’univers oniriques plus tordus que le tape d’une cassette débobinée, ça me fait sérieusement m’interroger sur ce que le monde réel a bien pu me faire pour me hanter jusqu’à mon réveil. En tout cas.

Je suis sortie de mon lit à reculons. Hypotension du matin, impression de chute. Pas chic. Me suis cogné le petit orteil contre la patte de mon lit de brass. Classique de la douleur à dix sur l’échelle. Good morning, me suis-je dit à moi-même, les lèvres pincées sur un chapelet de sacres.

Je dois m’habituer à une réponse depuis quelques semaines. À la réponse à une demande que j’ai faite à quelqu’un de pas vraiment sur terre. Je vais être plus claire dans quatre ou cinq lignes, promis. L’anecdote n’est même pas romancée. Elle s’est vraiment produite. Fou de même. D’emblée, je précise que je ne veux casser les oreilles de personne avec mes croyances. C’est tellement personnel. Mais je ne peux pas les écarter. Elles font partie de l’histoire.

Reprenons donc… Je retourne à la… genèse. Il y a deux ans et demi, je débarquais à Paris pour la deuxième fois de ma vie. Je n’étais pas dans un bon état d’esprit. Je vais la plupart du temps en voyage dans l’optique de changer mon « minding », mon flux d’informations mentales incessant. Je suis souvent à bout de nerfs et de plusieurs autres choses quand finalement je pars. C’est commun à plein de gens anyway. Comme si je me décidais enfin à enfoncer du doigt le piton « reset » d’un portable bogué et sacré dans le mur huit fois de suite. Dans la foulée de mes recherches pré-voyage, j’avais découvert qu’à Paris, dans le quartier Pigalle, se trouvait une chapelle dédiée à Sainte Rita de Cascia. Je me confesse d’avoir toujours aimé les histoires de saints et leur « spécialité » respective. Je me fiche que quiconque trouve ça inutile, plate ou stupide. J’aime le charme suranné des trucs inutiles. Qu’ils soient parfumés à l’encens ou non.

Ainsi, j’avais appris que Sainte Rita de Cascia était l’équivalent masculin de Saint-Jude, le patron des causes désespérées. Je comptais donc marquer d’une croix (!!!) mon itinéraire en m’arrêtant à ce lieu de culte perdu dans ce quartier, haut lieu de la prostitution parisienne depuis des lustres. Pas que j’estime être une cause désespérée, mais les églises, les chapelles, ça m’a toujours réconfortée et apaisée. Je m’y sens vraiment en sécurité, plus que nulle part ailleurs. Paraît que lorsqu’il y avait le feu dans un village, tous les habitants se regroupaient à l’église au son du tocsin pour qu’on y fasse le décompte des familles. J’ai peut-être échappé à un brasier meurtrier dans une autre vie, qui sait?

En plus, les églises, c’est lumineux. Les rayons de soleil rebondissent partout à cause des vitraux. C’est beau, silencieux… Ça sent bon. Un mélange d’odeurs d’encens, de plancher de bois ciré, de vieux bois de bancs de messe et de papier des missels oubliés par quelques rares punaises de sacristie,  abonnées aux saints offices. Ça incite à la contemplation, à la méditation, à la réflexion. Comme si d’un coup, on se retrouvait dans un lieu de totale sérénité. Exit l’impression perpétuelle d’être l’un de ces petits personnages pris dans une boule de verre brassée trop vigoureusement par une main inconnue.

Bref… Depuis ce voyage, depuis que j’ai appris l’existence de cette sainte, de temps en temps, lorsque certains aspects de ma vie semblent nébuleux, sans issue, je lui pose une question. Presque toujours le soir. La réponse est chaque fois très rapide; je l’apprends dès le lendemain. Quelque chose survient, sans que j’aie initié quoi que ce soit. J’ai alors ma réponse, multipliée par dix. Je ne suis commanditée par aucune association supra-religieuse ou autre, je tiens à le spécifier. 😉 Je ne fréquente pas les groupes religieux, je ne suis même pas catholique pratiquante. Mais c’est comme ça. Je demande et j’ai ma réponse, toujours lendemain. Une copine m’a fait remarquer que cette fois, je n’ai pas eu la réponse que j’aurais souhaitée, mais je m’en fiche. Je n’ai pas voulu mêler les cartes en suggérant ce que j’aurais vraiment souhaité. J’aurais eu l’impression de souffler une réponse à mon voisin durant un examen. L’impression de tricher.

J’ai juste formulé le souhait qu’un contexte donné s’éclaircisse avec quelqu’un pour m’éviter d’avoir trop mal éventuellement. Pour m’éviter l’incertitude, ce no man’s land où jamais, jamais je ne me sens bien. Eh bien… dès le lendemain, assez tôt, j’ai eu la réponse demandée. De façon franche. Directe. Sans interprétation possible. Et c’est la personne concernée qui m’a transmis l’info. Voilà. Je n’étais pas vraiment étonnée de cette « réponse », je me souvenais très clairement de ce que j’avais demandé la veille à « l’avocate des causes désespérées »… Mais des fois, je suis un peu naïve malgré tout. Je me berce un peu d’illusions, parce que c’est tellement plus confortable et que la réalité est souvent trop froide, trop brutale, trop impersonnelle et parfois trop plate, pour ne pas dire trop laide…

Et pour l’anecdote… Si on prétend que Sainte Rita de Cascia est l’avocate des causes désespérées, c’est parce qu’elle a su dissuader ses fils jumeaux de venger la mort de leur père, mort assassiné. Je conclus en écrivant que c’est vraiment efficace de lui faire des demandes. Sans farce. Allez en paix, les gens 😉

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