On peut pas vraiment retrouver ce à quoi on s’est jamais identifié

Y’a des « retrouvailles » après 20 ans de secondaire dans même pas un mois. Je ne sais pas encore si j’irai… ni vraiment qui j’irai retrouver en allant là, ceci dit… J’aimerais être agréablement surprise, renversée, étonnée du changement d’attitude de (certaines) filles, de leur ouverture d’esprit née de l’expérience de vie cumulée, mais je ne me crée pas d’attentes, de peur d’être, comme à mon habitude, déçue du genre humain pour l’ensemble de son oeuvre…

À l’époque, j’étais timide et renfermée, jusqu’à l’âge de 15-16 ans au moins… je ne me mêlais pas vraiment aux autres… Je ne me sentais pas d’appartenance au groupe d’élèves de ma cohorte… Je n’ai jamais senti la moindre appartenance pour un groupe ou l’autre, ceci dit… Je suis une paria des cliques…

Je trouvais que certaines des « leaders » de « micro-groupes » étaient des connes, superficielles, méprisantes, sans âme, sans empathie, sans sensibilité et sans substance (c’est dit!) Elles me le rendaient bien alors, à armes inégales, mais bon, c’était de bonne guerre, de toute façon. J’ai toujours autant de difficulté, d’ailleurs, avec les gens qui prennent constamment le plancher, qui me regardent avec un concentré de condescendance et de mépris plein les yeux, qui en jettent et que je soupçonne d’être des coquilles vides en manque d’attention… c’est pas parce que tu t’ouvres la trappe plus grand que les autres que ce qui en sort est à la hauteur de l’amplitude de ta bouche béante… Tu pues juste plus de la gueule, c’est tout.

Je comparais mentalement ces filles à des poissons morts dans l’étalage d’un poissonnier, ceux qui ont encore leur tête, tsé, aux yeux révulsés, aux couleurs fades, qui puent le pas frais… (On comprendra que je déteste les « jappeux » congénitaux!)

Je viens d’une famille d’universitaires, de professionnels, je n’ai manqué de rien… mais c’était pas bourgeois du tout chez moi… Je fittais donc pas, noyée dans cette masse de filles de gens friqués, je m’en aperçois aujourd’hui… Une tache d’huile à moteur sur une nappe blanche immaculée pis amidonnée au pouce carré…

J’étais mal dans ma peau parce que trop consciente de tout et trop introvertie. Nerd et sérieuse, je me sentais différente de toutes celles qui passaient leur temps à faire résonner les murs de leurs rires gras… Je ne sais toujours pas, d’ailleurs, ce qui pouvait tant les faire rire à l’époque… À leur défense, c’est vrai que ça doit sûrement aider à rester léger dans sa tête, de provenir d’un milieu surprotégé, méga-gâté-pourri, avec des parents qui te payent ton premier char comptant à 16 ans  avec lequel tu te balades dans la cour d’école comme si c’était la norme… Ma première voiture, j’ai mis plusieurs années à la payer, comme une grande, quand j’ai commencé à travailler « pour vrai » après mon baccalauréat.

Dans ma tête, c’est de la science-fiction de payer une auto neuve à une ado de 16 ans, on se croirait en plein film américain, mais en tout cas… Tant mieux pour elles… J’ai dû bagarrer pour avoir ce que je veux dans la vie, je bagarre toujours d’ailleurs, c’est le jour de la marmotte… Je ne suis pas née avec une cuiller d’argent dans la bouche, j’avais aucun contact dans l’univers des magazines, c’est pas parce qu’on m’y a ouvert toutes grandes les portes que je l’ai infiltré… et ça m’a toujours procuré un sentiment mitigé de constater ce fossé qui me séparait de la plupart de ces filles avec qui j’étudiais… J’avais juste rien à voir avec elles… Côté valeurs, côté style et situation de vie…

Et j’aimais mieux, souvent, discuter avec les profs qu’avec les élèves… (c’est dit!) J’étais toute maigre, et si j’avais pu disparaître d’un coup de baguette magique, aspirée entre deux craques du plancher ou du plafond, j’aurais choisi l’option, c’est sûr… Mais je ne pouvais me sauver nulle part, sauf dans ma tête. Pis y’avait pas de piton sur lequel je pouvais appuyer pour me catapulter dans une réalité parallèle. C’est à cette époque que j’ai d’ailleurs découvert les bénéfices incontournables d’un bon roman : un moyen d’évasion gratuit, à portée de main, dont le seul coût plate à payer était l’air de boeuf de la bibliothécaire du comptoir du collège, à qui j’ai fini par arracher un sourire au fil du temps, lorsque j’ai découvert que j’avais de l’humour et de la répartie, vers 16-17 ans…

Mais je me dis qu’il faudrait (peut-être) que je me force à être dans le monde au lieu de l’observer à bonne distance, comme s’il s’agissait d’un animal sauvage prêt à bondir et qu’il convient de fuir. Une part de moi aimerait trouver le guts d’aller à ces « retrouvailles », d’affronter le regard de toutes ces mamans épanouies à coup de grossesses multiples, dans plusieurs cas. À coup d’épisodes de bonheur domestique (maison, enfants, mariage, chien, chalet) à recette presque universelle, comme un pot de Nutella tiens… (Qui déteste le Nutella?..)

J’aime les antiquités, c’est vrai. Mais pas les antiquités humaines. Et encore moins les ruines. Pas sûre que j’aie envie de me retremper dans des parfums du passé qui puent, dans certains cas, les stigmates de l’intimidation et du harcèlement psychologique dont j’ai été l’objet. Ça pue le Christ, après tout, la violence entre femmes, qui débute en bas âge, alors que des fillettes bourgeoises et arrogantes pour bon nombre d’entre elles copiaient éhontément, j’imagine, l’attitude méprisante de leurs parents, p’tits bourgeois de Québec de leur état…

Les enfants reproduisent les comportements des parents, c’est du connu, du réchauffé… Tu comprends pas à quel genre d’enfant t’as à faire? Regarde ses parents. Souvent, tu assimiles vite d’où ils tiennent leurs bons (comme leurs moins bons) côtés…

J’ai de la mémoire, aussi, c’est souvent inutile… J’ai tout entendu, en fréquentant le collège. Et même si j’essayais d’oublier ces phrases, c’est plus fort que moi, je m’en souviens. Je me rappelle ainsi qu’une élève du cours à option d’art dramatique avait balancé à l’endroit de sa collègue de sketche, lors d’une improvisation, en secondaire un, se croyant sûrement TRÈS drôle : « Hey! C’est ben laid ce que tu portes, t’as acheté ça chez Croteau? » (Crisse… on improvisait, et pourtant, fallait que la p’tite élite faussement bourgeoise signée Québec city fasse une allusion à peine voilée au mépris qu’elle vouait à une marque de vêtements bon marché. Help me someone, j’en revenais pas, et j’en reviens toujours pas aujourd’hui. S’il fallait que j’aie une fille qui sorte de pareilles inepties snobinardes en public, je crois que je l’enfermerais quinze minutes dans une garde-robe, la menaçant de ne la nourrir qu’au pain sec et à l’eau pour les sept prochains jours si elle ne se rétractait pas. Ou je lui laverais la bouche au Dove, avec une brosse à dents aux soies raides à souhait, ce serait pire, tiens… (belle-mère d’Aurore l’enfant martyre, sors de ce corps! lol) Bon, inutile d’appeler la DPJ ou de caller une alerte Ambert, j’ai pas d’enfant dans la garde-robe… tout le monde connaît mon humour cinglant… pis si tu le connais pas… Ben c’est maintenant que tu le découvres! 😉

Un jour, un prof retraité, m’a dit : « Tu sais, Geneviève… c’est pas méchant, mais je crois que certaines personnes ont juste moins d’aptitudes au bonheur que d’autres… » Ça m’a (un peu) réconciliée avec ce côté underdog qui fait que je me sens étrangère à tant de situations…

Xavier-Dolan-college-boy

Image : Image du vidéoclip College Boy réalisé par Xavier Dolan

Source : blogue sir www. e-real.fr/tag/indochine

 

 

 

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