National Geographic, la chasse, Terry Fox, pis l’auto-disqualification sportive.

J’ai eu plusieurs discussions musclées ou carrément loufoques avec des copines sur ce que sont (devenues) les relations hommes-femmes aujourd’hui. Un de mes amis, qui écrit, me répète depuis longtemps que je devrais d’ailleurs me lancer dans la narration d’opinion sur tous les « cas » existants… Je trouve que tout ça est devenu, depuis Sex and the City, du réchauffé, carrément. Pis personne ne trippe vraiment à mettre ses restants au micro-ondes, le soir. Manger la même chose deux fois par jour, ça donne une impression désagréable de jour de la marmotte, mais j’veux pas avoir l’air princesse non plus. Anyway, une princesse à loyer, on repassera. J’ai même pas de château, alors je laisse ce contre-emploi aux autres 😉 Si j’étais princesse, j’écrirais même pas. Je craindrais les rhumatismes à force de me déchaîner sur les touches du clavier 😉 Je m’économiserais au possible.

J’en reviens à mon élevage de moutons. J’estime qu’on frôle le désastre, dans les relations hommes-femmes. Les plus optimistes me diront que j’exagère pas rien qu’un peu. Sans être simpliste, j’aime bien y aller d’illustrations simples à comprendre pour concrétiser mes théories bizarres. C’est mon côté pédagogique, déformation professionnelle j’imagine. Notons que je ne me crois pas toujours dans mes déclarations, pis que plus souvent qu’autrement, j’emploie des images fortes pour qu’elles se transposent dans l’esprit des gens autour. Un genre de translation pas toujours très intellectuelle, mais qui a le mérite d’être claire 😉

Ayant été une fan finie de National Geographic et des pubs de Canards illimités durant mon enfance (ainsi que de la voix monocorde mais apaisante du narrateur doublée en français), j’ai remarqué très jeune une constante. Dans la nature, c’est le mâle qui capture la femelle. Qui lui court après. Qui prend des risques pour atteindre son but ultime. Qui travaille pour la conquête. Lorsqu’on applique le contraire, arguant l’émancipation pour justifier que les femmes aussi ont l’habitude de cruiser, on déstabilise une part d’une loi tacite présente dans la nature. Bon, c’est sûr qu’il y a toujours la mante religieuse qui, une fois sur deux, décapite son partenaire après copulation… elle, elle a choisi d’appliquer linitiative… extrême. Sans être biologiste, j’ai l’impression que toutes espèces confondues, c’est souvent plus le mâle qui a un rôle proactif. Féministes, calmez-vous. Je sens déjà l’insurrection publique, j’entends déjà les voix outrées de mes congénères me gueuler dessus : « à quoi tu penses??? C’est du grand n’importe quoi! Tu peux pas comparer les comportements animaux aux us et coutumes humains, tu peux PAS écrire que les femmes aiment se faire chasser et qu’elles, elles ne chassent pas, c’est sexiste, dangereux, épouvantable!.. »

Bon. Je ne parlerai alors pour personne d’autre que moi. Pas envie de finir mes jours enfermée dans une chambre à échos 😉 Je ne suis naturellement pas très à l’aise avec la chasse, les approches initiales, les discussions qui brisent la glace (selon une de mes amies, je suis si marginale que déjà là, dans des comportements adoptés par une majorité, je ne me retrouve jamais). Alors, oui, je préfère reporter le fardeau de l’amorce relationnelle au sexe opposé. Je ne dédaigne pas du tout me faire conquérir, chasser. Puis je n’estime pas non plus que plus le type en jette, plus il multiplie les efforts pour atteindre son but, plus il est manipulateur, crosseur, ou tout autre adjectif peu flatteur ayant la même terminaison. Peut-être que je devrais, remarquez. Mais dans un marathon longue haleine, faut quand même donner une chance au coureur, des fois. Tout d’un coup qu’au lieu d’un sprinteur tricheur à la Ben Johnson, je tomberais sur un Terry Fox rempli de charité pis de convictions sociales? (si vous ne comprenez pas la métaphore, je vous conseille de googler Ben Johnson et de vous remémorer son scandale aux olympiques de Séoul en 1988, pis si vous ne savez pas qui est Terry Fox, ben, euh… ben suivez le même cours d’introduction à la vie canadienne que les immigrants syriens).

Toujours est-il que c’est exactement ça. Je suis extrêmement timide dans la vie. C’est en réalité presque la seule raison pour laquelle j’ai étudié en journalisme. Pour avoir les deux pieds dans l’inconnu, le risque. Interviewer des personnalités publiques, des artistes, des acteurs de l’industrie québécoise, des élus municipaux, des inconnus sur la rue, ça déniaise d’aplomb. J’intimidais ma soeur, enfant, pour qu’elle demande au commis d’épicerie où se trouvait le paprika parce que je voulais me fondre au terrazo du Métro à la simple pensée de m’adresser à un adulte qui aurait la réponse que MOI, je n’avais pas.

C’est par un étrange mélange d’orgueil et de timidité extrême que plus souvent qu’autrement, je ne comptais plus le nombre de situations dans ma vie qui me paralysaient sur place. Aussi, le flirt est une de celles avec lesquelles je fige. À côté de ça, le lièvre pris dans le collet de chasse a l’air détendu et satisfait de son sort. En donnant la chance à l’autre de se démener pour faire le gros du travail, mon stress diminue, j’arrive à relaxer.

Par contre, je préfère le ben direct au supra indirect. Pis crois-moi, si tu m’dis de quoi, pas de temps à perdre à trouver un deuxième niveau à tes déclarations, je vais les interpréter intégralement dans ce qu’elles signifient. Pas de temps à perdre à leur trouver un second sens empreint de complexité et d’une vérité différente. Niaisage.

Exemple : un type me dit qu’il n’est pas un bon gars, qu’il n’est pas fiable, etc. Il me le spécifie en souriant, comme un genre de provocation, comme pour valider ma réaction à la suite d’une telle hum… « déclaration ». Je ne vais pas voir là une stratégie de sa part visant à tester la persistance de mon intérêt pour lui. Nope. Ce que j’entends, moi, c’est : « tu m’intéresses pas, fille. Pour être poli, au lieu de te le garrocher en pleine face, je prends un semblant de détour pour ménager ton ego. Vois comme je suis d’une sans pareille galanterie. Parce qu’à l’âge que t’as, fille, j’suis ben au courant que ton ego, t’as dû te le faire bousiller plus qu’une couple de fois par d’autres types comme moi qui trouvaient que t’étais pas tout à fait dans leur tale (Et moi d’ajouter mentalement : mais QUELLE tale???)

Donc. Je ne m’acharnerai pas. Je suis d’un naturel plutôt démissionnaire et je compose vraiment très mal avec le rejet. Certains me diront que tout le monde compose mal avec le rejet, mais je peux vous confirmer que si vous m’aviez vu la face en déconfiture la dernière fois que je me suis rendue chez une amie en pleurs parce que j’ai eu l’impression que ma vie personnelle, c’est AUSSI le jour de la marmotte, vous ne diriez pas ça. Si vraiment au départ j’avais un solide intérêt pour le type, ce qui malgré tout arrive, le maximum du risque que je peux courir (des fois, faut vivre un peu dangereusement, hahahah!), c’est d’acheter du temps en lui signifiant, si c’est vrai, que j’ai passé une belle soirée. La balle est dans son camp s’il veut qu’on se revoit. Je suis strictement incapable de quoi que ce soit d’autre, même que j’opte généralement pour la désertion, je minimise au max le risque de le recroiser quelque part. Je garde pour moi le sentiment de défaite, même si c’en n’est peut-être même pas une. En général, j’opte ensuite pour le repli sur moi, parce qu’on va se le dire : à force d’histoires à la conclusion malheureuse, on n’ose plus rien, on se replonge le nez dans un roman qu’on a négligé depuis des mois, on tourne des capsules humoristiques avec une de ses meilleures amies, on écrit (ça défoule), on se lance dans la pisciculture domestique, l’élevage de chihuahuas, la préparation d’un prochain voyage, le hot yoga, les cours de langue, le retour à l’université, n’importe quoi, ou encore, le classique : on se jette corps et âme dans le travail pour oublier que sa vie personnelle est un échec complet. Un examen pas terminé. Un brouillon. Une vieille liste griffonnée à la va-vite, tout juste bonne pour être balancée aux ordures et absolument non-recyclable.

Quand on me connaît un peu, on sait que mon dernier « vrai » chum remonte à même pas trois mois, que ça a à peine duré deux mois et demi, jusqu’à ce que le type déserte sans jamais me redonner de ses nouvelles. Et que c’est par la bouche de mon beau-père que j’ai eu la « joie » (ironie x 1000 000) d’apprendre qu’il avait un problème de jeu. Quand j’ai compris que même ses proches, travaillant dans le domaine des dépendances, n’avaient vu que du feu pendant des décennies, je me suis sentie un peu moins coupable de n’avoir eu qu’une très vague intuition de son réel problème, alors que je ne l’avais vu que deux fois… Sa petite voix. Toujours s’y fier. Elle, elle sait tout. Alors j’ai fait ni une ni deux et je l’ai bloqué de partout. Jamais on ne s’est reparlé. À quoi bon? Je ne sais vraiment pas ce qu’il y aurait eu à dire, de toute façon. C’était juste 360 % de merde.

Bref. J’aurais ardemment souhaité, la dernière fois qu’un type m’a fait tourner de l’oeil, pouvoir (au moins) lui glisser un mot à l’effet que moi non plus, j’avais pas eu un parcours facile. Que j’en avais braillé une shoot. Solide. Mais non. J’ai tendu l’oreille. Encore une fois. Le syndrome de Mère Térésa. Crisse. Parce que je suis une bonne fille. J’ai écouté les déboires du type, ne sachant trop qu’en penser. Naïvement, me suis dit qu’il avait sans doute un trop-plein. Qu’il avait besoin d’en parler. Je l’ai écouté. Deux, trois jours après maximum, j’étais saturée émotivement. Je me suis rendue chez une amie. Vite. Je ne pleure pas souvent. J’haïs ça. Je perçois ça comme une marque d’une ultime faiblesse. Je suis pas mal « gars » là-dessus. Mon amie a regardé mon mascara qui coulait, me rayant le visage menu de sillons noirs comme ce que j’avais en tête à ce moment-là. Elle m’a juste dit : « t’es tannée, hein, d’écouter les malheurs de tout le monde pis d’avoir jamais personne quand tu vis les tiens? De ne jamais pouvoir les raconter non plus? » Je lui ai juste répondu : « c’est exactement ça ». Je cherche pas Terry Fox. Mais je cours plus non plus. Aux marathons longue haleine, je me suis disqualifiée moi-même, ben fatiguée. Me planter en début de course dans les blocs de départ m’a jetée par terre trop de fois…

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La pièce de théâtre

Je discutais avec un collègue de travail. Discussion basique là. Pas sur le sens de la vie, la physique quantique, le climato-scepticisme ni les conspirationnistes aux USA. Thème abordé : les masques, les caméléons d’attitude, ce genre de truc. En fait, mon collègue est convaincu qu’il est obligatoire de se gréyer de plusieurs personnages, question de survivre aux différents contextes de vie auxquels on doit faire face tous les jours. Convaincu que la vie est une pièce de théâtre.

J’adhère plutôt au contraire de sa théorie. Rien de surprenant : suffit que quelqu’un déploie un minimum d’énergie pour m’étayer une théorie douteuse que je lève déjà le ton pour crier « objection ». Non. J’y crois pas. J’ai pas assez de charge dans ma batterie pour m’inventer trois-quatre personnages et en changer au besoin. C’est bien trop de trouble. Un pour le travail salarié, un autre pour le travail autonome, un autre pour mon (absence) de vie affective et un dernier pour la famille. C’est trop schizophrénique pour moi. On n’y voit plus clair, le personnage utilisé finit par oublier ses lignes de texte. Il s’embrouille, sort à l’entracte, se trompe de costume, échappe du café sur sa tunique, perd ses mitaines comme le p’tit chat de la comptine pour enfants. Une amie m’a pourtant dit à la blague que j’étais un des « personnages » dans sa vie. J’sais pas si j’ai un rôle-clé, un rôle de soutien, si j’fais un caméo ou si je suis comédienne substitut dans sa pièce, mais j’trouve que de changer d’attitude en tous contextes, c’est pénible. J’ai pas dix faces. Juste une me convient. Je la vois tous les matins dans l’miroir pis j’vis très bien avec son reflet.

C’est triste de tomber sur quelqu’un du type « chat qui sort du sac ». Du genre que le masque est ben soudé au vrai visage de la personne. Tellement bien soudé que c’est trop facile de se laisser charmer. Degré de difficulté zéro. À un moment donné, le pitch de vente de la personne prend fin abruptement. Plutôt rapidement si la personne est heureusement assez intègre. Mal à l’aise de voir que toi, t’as pas de personnage défini pour jouer la game avec elle, elle t’avoue d’un trait la vraie situation dans laquelle elle est plongée. Ça m’arrive de temps en temps. Ça m’attriste presque tout le temps. La dichotomie entre l’emballage des gens et leur contenu réel me sidère souvent. Si j’étais plus instinctive, je pourrais peut-être déjà anticiper ces personnes. Savoir ce qu’il y a à savoir sur elles bien avant qu’elles m’en fassent la confidence de leur propre gré. Mais je ne suis pas rendue à ce stade. Tout au plus, je devine parfois certaines choses… Ce qu’elles font dans la vie. Ce qu’elles aiment. Combien de membres leur famille immédiate comporte. Le nombre d’enfants qu’elles ont. Leur situation personnelle. Etc. Je suis pas pire dans ce genre d’anticipation. C’pas encore parfait, mais la voie de l’amélioration est franchie.

Au moins, une fois prématurément au courant des vraies affaires, je ne peux pas reprocher à l’autre personne d’avoir voulu me mener en bateau. Au contraire, même en partie déçue de la réalité, je ne peux que saluer sa franchise. La franchise fait parfois involontairement mal, ou peut-être n’est-ce que la réalité qui est une lame trop bien aiguisée plus souvent qu’autrement…

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Dur à croire. Facile à concevoir (ça a l’air)

En apprenant la nouvelle, je m’étais étouffée avec mon café. Je suis restée tellement bête. Si on m’avait dit que ce gars-là se rangerait un jour assez pour concevoir d’être père dans neuf mois, jamais je n’y aurais cru de ma vie. Même lui s’est presque excusé de me l’annoncer, ajoutant un « qui l’eût cru? » vraiment de mise à la fin de son texto. Peut-être pour me ménager, il m’avait textée plutôt qu’appelée pour me le dire. On le sait, un texto, ça passe plus undercover qu’un appel. Tu le prends quand tu veux, pis tu peux même, en prime, l’effacer avant de l’avoir ouvert. Quelle chance. (!!!) Or, ce message-là, je ne l’avais pas effacé. Chaque lettre des quelques phrases m’avait sauté en pleine face. Impossible de passer à côté.

J’avais fait les 400 coups avec lui et je l’avais toujours trouvé très « complet » malgré sa tendance naturelle à changer d’idée, à s’égarer, à nager dans l’inconstance et l’imprévisibilité la plus totale. Un type super brillant. Gâté par la vie. Qui aime voyager. Cartésien mais aussi artiste et manuel.  Cute. Calme, mais pas trop. Dans une situation professionnelle qu’il aime et dans laquelle il a gravi les échelons jusqu’à se retrouver à une altitude confortable.

Mais… (il y a un « mais »…) Ça prend naturellement quelqu’un avec une surnaturelle « tolérance à l’ambiguïté » pour être avec lui, c’est sûr. Et je ne possède pas vraiment ça. Parce que jamais je n’avais su à quoi m’attendre avec lui. Sous cet aspect, la nouvelle qu’il m’avait apprise collait parfaitement à la trame du personnage : un imprévu total.

C’est banal. Ça arrive à tout le monde. En soi, c’est une super bonne nouvelle qu’une ancienne fréquentation vous annonce la grossesse (surprise ou pas, l’histoire ne le dit pas) de la nouvelle flamme qu’il a depuis tout récemment. J’ai offert mes félicitations d’usage. Sincères. J’ai bien sûr passé outre le fait qu’il y a cinq ou six ans, c’est moi qui lui disais que j’étais prête pour un bébé. Que je pensais qu’il pouvait être le bon. Mes regrets, je me suis étouffée avec. Comme avec le café. Me disant que c’était mieux de même, qu’il n’aurait sûrement pas assuré comme père, qu’il aurait changé d’idée in extremis, que je me serais retrouvée seule, dans la dèche avec un flot pas de père… Une fausse madone oubliée dans sa crèche, sans âne ni boeuf. Une pancarte « à vendre » sur le top d’la crèche. Bref. J’ai presque essayé de me faire rire de l’ironie de la situation. J’ai tenté d’invoquer un tas de raisons logiques pour me réjouir pour lui en oubliant qu’une part de moi souffrait de la situation.

Une amie m’a dit que les flots, on ne les a pas au mérite, y paraît. Ils arrivent comme ça, comme un cadeau ou une malédiction. Ça dépend comment tu vois ça. Je saurai peut-être jamais comment je vois ça. Enfin. J’ai fini le café. Semblerait que la dernière gorgée, même froide, était moins amère que la première…

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