L’indifférence, plaie des temps modernes

Je trouve le monde ben bizarre. Paradoxal. À une époque où tout le monde « se pompe », s’insurge, crie au scandale sur les médias sociaux parce qu’un politicien s’est peigné de travers ou s’est fouillé dans l’nez, en contrepartie, au quotidien, plusieurs personnes se drapent d’indifférence. À plusieurs niveaux. Exemple classique et concret du quotidien… Pour affaires, entretenir un lien professionnel, amical ou un feu (de paille?) naissant, vous envoyez un texto. Un message. Un courriel, appelez-le comme vous voulez.

Bien sûr, vous ne vous attendez pas à une réponse dans l’immédiat. Pas même dans la journée ou la semaine en cours. Vous z’êtes patients, tsé, et n’êtes surtout pas un tit bébé lala jaloux de la maturité d’un… poisson rouge. Vous êtes un adulte doté d’un (certain) bon sens. Vous n’avez jamais fait le bacon au centre commercial parce que l’article soldé était en rupture de stock. Votre livre de chevet n’est PAS le DSM IV. Bref. Vous n’êtes ni mieux ni pire que d’autres et relevez plutôt d’une anonyme moyenne.

Vous avez le profil de la personne qui « fait ses petites affaires ». Vous travaillez. Vous vous occupez de la marmaille. Du roulement et des contingences de la vie domestique. Vous payez vos taxes pis vos impôts rubis sur l’ongle. Avec un peu de chance, vous allez dans un « tout inclus » une fois par année. Des fois deux, les années impaires, mettons. Parce que contrairement à moi, qui peux me défouler sur des touches de clavier pour diluer mes humeurs grinçantes, vous, vous z’êtes enfermés non pas dans le Love train, mais dans celui plus plate et infernal de la routine éternelle. Mais lâchez pas. À 55 ans, j’imagine que ça va slaquer un peu. Tâchez de tenir le coup d’ici là.

Bref, vous patientez. Vous n’avez qu’écrit un texto, après tout. Pas de quoi en faire un plat, produire un édito digne du Huffington Post ou encore passer à Denis Lévesque d’urgence. Non. Mais v’là tu pas qu’après un laps de temps hautement acceptable, toujours pas de réponse à votre texto. Aïe.

C’est quoi l’affaire? C’est quoi, la date exacte où quelqu’un a décidé que c’était hot, que ça avait du poids, de la classe, de la prestance, de la crédibilité pis que, surtout, ça témoignait d’un « grand » respect envers son interlocuteur de pas lui répondre du tout? Jamais? Cliss.

J’sais pas vous autres, mais moi, ça m’irrite. Vraiment. Ça me dérange. Me froisse, appelez ça comme vous voulez. Aïe. Je l’sais ben que le monde tourne pas autour de ma (petite) personne. Qu’on ne me doit rien. Que j’suis (un peu) soupe au lait. Mais juste un peu, là. Que j’empêche pas qui que ce soit de dormir la nuit (ben ça fait un moment que j’ai pas eu de confidence à cet effet. Si l’inverse est vrai, j’suis pas au courant! Ahahaha!). Dixit un de mes amis quand il veut me faire réagir : « Dégaze, Ge. T’es rien. Tout l’monde est rien. On n’est tous personne dans l’univers ».

Mais quand même. Une réponse, dude/dudette. Ça te détruira pas les phalanges ni ne précipitera chez toi une crise d’arthrite juvénile. Tu resteras pas paralysé, tu cours aucun danger sinon celui d’une éventuelle discussion. C’est pas comme si tu venais de déposer sans préparation ton cv pour être cascadeur dans le prochain James Bond. Calme-toi.

Alors… pour (résumer), je trouve vraiment contradictoire que les gens crient à tue-tête et hyperréagissent à un paquet de trucs non-stop alors qu’ils sont parfaitement indifférents aux textos/messages/courriels qu’ils reçoivent et auxquels jamais ils ne donnent suite. C’est illogique. Je ne vous parle pas ici de développer une obsession de la réponse aux courriels douteux vous suggérant qu’un lointain parent décédé au Gabon vous a désigné comme héritier, que vous devriez vous procurer du Viagra, du Cialis, ou l’équivalent pour les femmes (sérieusement, ça existes-tu, l’équivalent pour les femmes?..) Je fais allusion au fait de traiter votre interlocuteur avec (un peu) d’une de ces valeurs vraiment plus à la mode en 2017, je sais : avec respect. Tout le reste est secondaire. Mettez ça dans votre pipe pis fumez. 😉

 

 

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Doudou moderne? Nope, pas vraiment!

Quand j’étais p’tite (p’tite comme dans « quand j’avais entre un et quatre ans), j’avais une doudou. Pas originale ben ben la fille… plusieurs enfants cristallisent leur surplus d’affection à un moment ou à un autre sur ce que les psys appellent communément « l’objet transitionnel ». Tsé, cet objet rassurant qui a l’immense pouvoir d’être multitâche; il apaise la solitude, soulage le bobo que tu viens de te faire en piquant une fouille, te réconforte quand tu t’es fait chicaner par tes parents, name it. Ça pouvait carrément tout faire, ce machin-là. Ma propre couvarte, un genre de tricot plus gris que blanc à force d’avoir été traînée partout, portait même un nom. Oui, oui. C’était ma Copato. C’était même un nom de gars, tiens. Utile à savoir pour la suite. Aucune idée d’où l’idée avait germé, mais c’pas vraiment important.

Toujours est-il qu’un jour, estimant que j’avais atteint les limites de l’âge légal pour traîner ce genre de cossin, ma grand-mère m’avait prise à part et m’avait dit : « T’es trop vieille pour avoir une doudou ». Shit. J’avais quatre ans pis je parlais beaucoup. C’est vrai que ça devait jurer, une p’tite fille qui se blottit contre une couverture ET qui fait toujours des phrases complètes sujet-verbe-complément. Ma grand-mère avait son orgueil, quand même. Ça devenait peut-être ben gênant de voir gambader à ses côtés une fillette verbomotrice qui se la jouait bébé avec un bout de tissu. Faque. Confrontée à l’inéluctable, je m’étais séparée à regret de mon « objet transitionnel ». Y’avait pas eu de larmes ni de cris ou de crise. Pas de chantage affectif pour la garder, même en cachette. Pas de « rechute de doudou ». Elle avait tout bonnement disparu. Encore aujourd’hui, je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où elle a bien pu se retrouver à l’époque. Elle s’était volatilisée. Était retournée au néant. Ou avait été donnée à un organisme de charité en manque de vieilles couvertures. Je n’en ai jamais rien su.

J’étais bien loin de m’imaginer que des années plus tard, certaines personnes verraient en moi rien d’autre qu’une… « doudou affective ». Un objet transitionnel les aidant à passer à travers LES petits bobos de leur vie semi-tragique, sans même s’informer de mes propres bobos à l’âme. Non. Rien. Nada tsé. En vérité je vous l’affirme (ça fait Jésus-Christ comme formulation, mais avouez que ça sonne officiel aussi!) : « Oui, dans votre vie gang, vous croiserez sur votre chemin plein de gens qui n’ont en réalité que faire de vous. Ils s’en torchent. Le seul instant où ils feront semblant de se soucier de vous sera l’ultime moment où ils sauront qu’ils peuvent entièrement compter sur votre présence pour les apaiser, les écouter, les consoler, les distraire, les faire rire, leur donner « d’la peau », d’la bouffe, du cash, d’la boiésson, bref, du bon temps. Heureusement, au fil des ans, on anticipe généralement assez vite le profil de ces personnes, candidates à ce parasitisme aigu, pis on fait le ménage autour de soi. On sépare le bon grain de l’ivraie. Le malt de la lie. L’arbre de ses feuilles mortes. Bref. Vous saisissez l’image.

Faque c’est ça. À toutes les personnes au (trop) grand coeur, je vous le souligne à gros traits de marqueur Sharpie fluo pis toute : Ne soyez pas l’objet transitionnel de qui que ce soit. Devenez pas une doudou moderne. Sinon, vous finirez, au propre comme au figuré, comme une vieille couverte d’enfant : complètement lessivée à force d’avoir essuyé trop de larmes (celles des autres!) et trop distribué vos généreux services. Pensez-y. On me décrit comme généreuse, à l’écoute, drôle pis ben cool, mais j’suis pas une crisse de doudou. J’suis pas un objet transitionnel. Si tu vis trop de marde dans ta vie, que t’as rien à offrir mais tout à prendre de moi, achète-toi une couverte chez Clément pour enfants, enroule-toi dedans pis prends rendez-vous chez le psy. Pas avec moi. Amen.

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