Fantôme d’un couple à l’agonie

Cinéma Le Clap, 22 h 30. Je viens de sortir de la salle de projection du film A ghost story. Déçue. À moins que vous soyez un fan fini de longs plans-séquences où on voit un drap percé de deux trous au bord du gouffre psychologique, je vous conseille de passer votre tour. En gros, c’est l’histoire d’un couple dont les partis ne s’aiment plus. Ne vont pas dans la même direction. N’ont a priori strictement rien en commun, sauf d’être les heureux détenteurs d’un nombril et d’une capacité respiratoire. Elle : la fille quelconque, blême, maigrelette, craignant les bruits nocturnes de source inconnue… et qui fait non pas une crise de larmes, mais plutôt une crise de boulimie en dépeçant une innocente tarte à coups violents de fourchette en apprenant la mort de son chum. Lui : un musicien mélancolique, torturé, tout aussi quelconque, incapable de communiquer et possédant livres et disques en abondance. Doté d’un mutisme qui semble congénital, il est incapable d’user de ce qu’on appelle communément les mots pour expliquer à sa douce qu’il est attaché à la maison que tous deux habitent. Attaché au point de refuser d’en déménager. Elle, persuadée que cette hétérodoxe demeure est le théâtre de manifestations directement branchées sur le canal « au-delà » n’a qu’un souhait : déguerpir au plus vite de cette maison du malheur.  Tous deux s’opposent dès le départ. Rien ne semble les lier. Une mayonnaise qui ne pogne pas. On jurerait qu’ils entretiennent un banal partenariat domestique, se résumant à regarder, sourire en coin, mûrir les bananes. Bref. Pas la crème en termes de vie conjugale.

Loin de susciter, comme promis, la réflexion sur ce que peut représenter le deuil du point de vue d’un fantôme, ce film met plutôt l’accent sur la frustration profonde du spectre à la suite du départ de sa (jeune) veuve. Réactions de jalousie envers sa veuve lorsqu’elle laisse un nouveau type entrer chez elle… suivies d’une envie similaire lorsqu’une femme, unique chef de famille, y emménage avec ses jeunes enfants.  Flashage de lumières à répétition, cassage de vaisselle, bruits insolites, marques de griffes dans le recouvrement des murs… Aucun doute possible : on a affaire ici à un fantôme pour qui le lâchez-prise est absent. Un spectre vengeur, désabusé, passif-agressif par rapport à tout ce dont il est témoin. Une guenille qui traîne à terre. D’ailleurs, le cinéphile attentif ne manquera pas de remarquer que plus le film avance (si on peut parler d’un quelconque « avancement », vu la progression de l’histoire, plus lente que la démarche d’une tortue centenaire), plus le drap du spectre devient… sale.  Tout ce qui traîne se salit. Ce n’est clairement pas une maxime retenue par David Lowery, le réalisateur, avec son opus qui, à juste titre… traîne en longueur… Au point qu’un spectateur a décidé, durant une de ces scènes interminables, de quitter. Rien de moins. A ghost story : froid comme un congélateur en stainless steal. Ne suscite ni larmes, ni émotions. Sans couleurs ni saveur. Aseptisé comme un laboratoire de thanatologues. Seul note positive : la trame sonore, qui confère une quelconque touche d’humanité à un long-métrage qui n’en a, à mon avis, aucune. Moins trois étoiles (sur 10, ç’aurait pu être pire ;))

 

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