Dur à croire. Facile à concevoir (ça a l’air)

En apprenant la nouvelle, je m’étais étouffée avec mon café. Je suis restée tellement bête. Si on m’avait dit que ce gars-là se rangerait un jour assez pour concevoir d’être père dans neuf mois, jamais je n’y aurais cru de ma vie. Même lui s’est presque excusé de me l’annoncer, ajoutant un « qui l’eût cru? » vraiment de mise à la fin de son texto. Peut-être pour me ménager, il m’avait textée plutôt qu’appelée pour me le dire. On le sait, un texto, ça passe plus undercover qu’un appel. Tu le prends quand tu veux, pis tu peux même, en prime, l’effacer avant de l’avoir ouvert. Quelle chance. (!!!) Or, ce message-là, je ne l’avais pas effacé. Chaque lettre des quelques phrases m’avait sauté en pleine face. Impossible de passer à côté.

J’avais fait les 400 coups avec lui et je l’avais toujours trouvé très « complet » malgré sa tendance naturelle à changer d’idée, à s’égarer, à nager dans l’inconstance et l’imprévisibilité la plus totale. Un type super brillant. Gâté par la vie. Qui aime voyager. Cartésien mais aussi artiste et manuel.  Cute. Calme, mais pas trop. Dans une situation professionnelle qu’il aime et dans laquelle il a gravi les échelons jusqu’à se retrouver à une altitude confortable.

Mais… (il y a un « mais »…) Ça prend naturellement quelqu’un avec une surnaturelle « tolérance à l’ambiguïté » pour être avec lui, c’est sûr. Et je ne possède pas vraiment ça. Parce que jamais je n’avais su à quoi m’attendre avec lui. Sous cet aspect, la nouvelle qu’il m’avait apprise collait parfaitement à la trame du personnage : un imprévu total.

C’est banal. Ça arrive à tout le monde. En soi, c’est une super bonne nouvelle qu’une ancienne fréquentation vous annonce la grossesse (surprise ou pas, l’histoire ne le dit pas) de la nouvelle flamme qu’il a depuis tout récemment. J’ai offert mes félicitations d’usage. Sincères. J’ai bien sûr passé outre le fait qu’il y a cinq ou six ans, c’est moi qui lui disais que j’étais prête pour un bébé. Que je pensais qu’il pouvait être le bon. Mes regrets, je me suis étouffée avec. Comme avec le café. Me disant que c’était mieux de même, qu’il n’aurait sûrement pas assuré comme père, qu’il aurait changé d’idée in extremis, que je me serais retrouvée seule, dans la dèche avec un flot pas de père… Une fausse madone oubliée dans sa crèche, sans âne ni boeuf. Une pancarte « à vendre » sur le top d’la crèche. Bref. J’ai presque essayé de me faire rire de l’ironie de la situation. J’ai tenté d’invoquer un tas de raisons logiques pour me réjouir pour lui en oubliant qu’une part de moi souffrait de la situation.

Une amie m’a dit que les flots, on ne les a pas au mérite, y paraît. Ils arrivent comme ça, comme un cadeau ou une malédiction. Ça dépend comment tu vois ça. Je saurai peut-être jamais comment je vois ça. Enfin. J’ai fini le café. Semblerait que la dernière gorgée, même froide, était moins amère que la première…

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Le non punch-line tardif

Hey Dude. Toi, le type qui crois qu’il fait 2017 dans son approche de la gent féminine. Toi qui appartiens à la catégorie de « Tu » générale, je ne vise personne en particulier, parce que le genre d’anecdote dévoilée plus bas m’est arrivé à quelques reprises déjà, malheureusement… Toi… J’te donne un p’tit tuyau, en passant. Faut pas m’en vouloir là, c’est plus fort que moi. J’ai toujours eu la grandeur d’âme de remettre sur le droit chemin les gens aux habitudes erratiques. Tellement en fait, que plusieurs fois je me suis fait dire de me mêler de mes affaires, parce que j’aime ben ça gaver les gens de sages conseils, même s’ils sont pertinents, 356 % du temps. Mais dans ce cas-ci, j’pense que je suis honnête de dire qu’on peut faire exception. Ce cas de figure est de MES affaires.

Voilà. J’sais pas où t’étais y’a dix ou même quinze ans. À l’époque révolue où les gens utilisaient le téléphone pis invitaient les femmes à prendre un café. Pas une grosse pinte de bière là, non, juste un café, histoire de voir de quoi avait l’air la femme à jeun, pis si elle était aussi drôle qu’après une couple de verres de vin rouge. Dans le temps que les hommes nous aidaient à enlever et à mettre nos manteaux, pis qu’en prime, ils nous tenaient les portes de voiture ouvertes pour qu’on y entre en toute sécurité (cette époque me manque cruellement, ceci dit…) Mais j’vais te dire un truc. Texter une femme que t’as jamais vue en personne, passé 21 heures, c’est non, juste NON.

C’est l’équivalent d’envoyer un message sous-titré pis de non-dit à la destinataire, du genre : « En te textant tard, je t’envoie le message que je pense que t’es pas sérieuse dans la vie, que t’es une femme de rien, que t’as des moeurs dissolues pis que tu vas sûrement te donner la peine de répondre à un ÉTRANGER à des heures pas d’allure… Toi, j’te prends clairement pour la fille « guichet automatique », le Ashton 24 heures ou n’importe quelle chaîne de restauration rapide cheap, qui sert de dépannage la plupart du temps après une fin de virée dans les bars tardive pis clairement infructueuse en termes de chasse au sexe opposé.J’te prends pour une fille cheap, qui va répondre des choses salées pis dégoulinantes de sous-entendus sexuels à un INCONNU, comme si c’est tout ce qu’on avait à faire à ces heures-là, nous, les femmes célibataires pis pas d’enfants, qui n’ont pas de couches à changer, de vomi à ramasser pis de lunchs à faire pour les enfants le lendemain.

Comme si c’était tout ce qu’on avait à l’agenda après 21 heures, enfiler une nuisette en satin fuchsia, se parfumer la craque, se crémer les jambes pis s’écarter les cuisses sur notre couvre-lit (assorti à notre nuisette Victoria Secret’s) en attendant qu’un inconnu nous « allume » en nous demandant « comment ça va? » passé minuit. Sérieusement, DUDE. C’est limite harcelant, ton affaire. Ah, pis j’te dis ça de même, j’veux pas faire d’amalgame aussi cheap que ta démarche, DUDE, mais la dernière fois qu’un type que je ne connaissais que de vue m’a textée à des heures contraires à tout rythme circadien d’un être humain standard, je ne fus pas longue à me rendre compte qu’il souffrait de compulsions multiples. Pis que, bref, il cotait fort dans le DSM (Merci à mon amie Véro pour l’expression, je me permets de lui repiquer cette ligne savoureuse). Pis, en fait, ce genre de tentative infructueuse de socialisation nocturne bas de gamme, ça nous pompe l’air disponible pis ça nous gruge de la bande passante à nous, les femmes. Faque. Dude. Évite. Pour le reste de tes jours. J’ai le mérite d’être ben claire ici.

Si tu veux avoir l’air de quelqu’un de bien, d’articulé, d’intelligent, quelques trucs de base :

-Fixe un rendez-vous à la personne qui t’intéresse. Dans un lieu public et neutre. À l’heure du 5 à 7, en semaine. Comme tout le monde a des obligations le lendemain, c’est un message clair que ta démarche ne constitue pas une invitation à déraper. Du coup, t’as presque l’air sérieux pis moins con par défaut.

-Intéresse-toi (sans exagérer!) à ce qu’elle fait. Pose-lui des questions, lis ce qu’elle écrit, demande-lui quels livres elle lit, comment elle occupe ses temps libres, que font ses amies, quels types de liens familiaux elle entretient, parle-lui de son dernier voyage ou de trucs du même acabit.

-Parle PAS de tes ex (on s’en fout, des ex). Dénigre pas ta mère. Parle pas de l’état de tes finances ou de ton rapport à l’argent la première fois que tu vois la fille. Tous ces éléments sont classés automatiquement dans la catégorie « Attention, type louche ».

-Range ton cellulaire hors de ta vue (la grosse base). Éteins-le en prime. Tu vas voir, on n’en meurt pas. Au pire, tu auras à composer avec certains symptômes de sevrage durant quelques minutes (sueurs froides, tremblements, révulsion des yeux et langage en huit langues inconnues simultanément incluant de l’hébreu, ah, j’me trompe avec le descriptif d’un exorcisme là), mais j’suis sûre que tu peux t’en remettre. Dans le cas contraire, je travaille proche de Robert-Giffard, pis ça me fera grand plaisir de t’y abandonner là chemin faisant. Ne réponds pas à ton cell s’il sonne. Comme tout le monde, t’as sûrement une ou deux boîtes vocales, pis comme t’es pas président des États-Unis ni chirurgien cardiaque de garde 24 heures, tu peux sans doute, comme le commun des mortels, différer le moment de prendre tes messages.

-Ne regarde pas ta montre aux dix minutes (insultant au possible!)

-J’ai plus le temps d’ajouter d’autres conseils de base, à suivre, je dois aller travailler. Réfléchissez à tout ça, les Dude. Ça vous aidera à avoir l’air moins débiles et plus crédibles lors de votre prochaine tentative de faire contact avec le sexe opposé. Bonne réflexion!

 

Walking on Broking glass

J’aurais aussi pu titrer en français quelque chose du genre « marcher sur du verre cassé »… J’avoue ne pas m’être forcée du tout. Degré zéro de l’effort livré. Ça fait du bien, parfois, de ne fournir aucun effort (d’écrire la paresseuse congénitale bien cachée en moi) 😉

Je n’ai même aucune idée pour quelle raison ce titre m’est venu en tête. Faut dire que c’est un titre de toune, mais encore… Allez savoir quelles connexions se sont faites dans mon esprit. C’est nébuleux.

P’tit message d’intérêt (presque) public à toi, si tu me lis, l’employeur qui cherche des effectifs (pas n’importe lesquels… des professionnels en rédaction, pis des créatifs I think so).

J’ai l’impression de marcher sur du verre cassé depuis quelques semaines. Et, en prime, de glisser dessus d’aplomb. On me disait « mais oui, votre cv a été présélectionné, nous l’avons trié sur un volume variant de 80 à 150 candidatures reçues, et nous l’avons acheminé à la direction parce que son contenu est pertinent, voire excellent dans le cadre de ce que nous cherchons » et blabla-bla, et ç’aurait pu continuer ainsi pendant une bonne heure si je n’avais pas eu le brillant flash d’ajourner la discussion, ou plutôt le monologue.

Sérieusement. Je dis ça de même. Je ne sais pas si se trouvent des employeurs, des gestionnaires, des chasseurs de tête parmi ceux qui jetteront un oeil, curieux ou blasé, sur ce texte. Mais je vous le dis. C’est hyper insultant de voir qu’un tiers porte un intérêt particulier à vos compétences, pour ne même pas daigner vous redonner de nouvelles par la suite. Ça frustre. Pour vrai. Dans le type de « valeurs » que je prône, ça ne figure nulle part. Pas même dans les petits caractères. C’est juste pas là.

Y’a deux semaines, je me sentais comme un pilote de formule un à qui l’on aurait retiré en une fraction de seconde tous ses commanditaires, pour ensuite lui annoncer, par le biais d’un gros garagiste à la face grasse pis pleine de cambouis, qu’on lui faisait don d’une digne Renaud 5. Rouillée en plus. Pas d’essieu. Pas de moteur. Pus de peinture. Pis pas de de classe non plus. Pis arrange-toi avec ça fille. « Pis y’a pus de batterie, mais tu sauras sûrement te débrouiller, la grande » (!!!)

La (seule) différence avec le pilote fictif, c’est que j’ai même pas eu droit à un échange verbal, moi. Non. Rien. Pas même un courriel de deux lignes (excluant la signature de l’expéditeur). On ne m’a juste pas recontactée, alors que j’étais soi-disant en (très) bonne position pour briguer le poste. Cibole. Je me demande bien ce qui serait arrivé si je ne m’étais pas plus distinguée des autres candidats qu’une canne de pois President choice versus le Géant vert dans une dégustation à l’aveugle. (On remarque ici mon effort particulier de franciser la marque de pois la plus populaire!) Hahahahahaha… (insérer un rire blasé et sardonique ici pour agrémenter votre expérience de lecture à un niveau exponentiel). Crisse.

Dude… Pourquoi te donner la peine de me gonfler l’ego comme une baudruche (à moins que t’aies carrément inventé que mon cv a été présélectionné, ce qui, je l’admets, me laisserait vraiment perplexe quant à l’utilité d’un tel geste) si c’est pour t’éclipser dans la nature par la suite? Y’est où, le gain que je ne vois pas? J’avais envie de répliquer « fuck you ». Mais on m’a bien élevée. Ma mère roule encore des yeux quand je sacre trop. Quand je me choque trop. Quand je sape avec ma soupe pis que je crie de rage pour trois fois rien. J’imagine que dans son temps, les femmes, ça fumait pas, ça mangeait pas, ça passait ses licences à 32 ans, ça roulait pas des yeux pis ça répondait jamais rien, sauf si on l’interpelait directement. J’sais plus. J’sais juste que je l’ai en travers de la gorge pas juste un peu, ma Renaud 5 pis le sabot de Denver qu’on a posé dessus. Je déteste la chose automobile en plus. C’est pas peu dire, même ma métaphore ne tient pas la route (un morceau de robot pour le jeu de mot aussi plate que déroutant). Pouahahahaha.

En tout cas. Vous êtes avisé que je trouve ça irrespectueux, mal appris, mal léché pis vraiment n’importe quoi qu’on se barre sans me donner d’explications. À tous les niveaux. Dans tous les contextes. Ça ne se fait pas. Point barre. Rien à ajouter. Déjà que j’ai dû composer avec un déserteur professionnel dans ma vie personnelle il n’y a même pas un mois, me semble que pas besoin d’avoir le courage d’un cascadeur professionnel pour oser s’enfarger dans ses mots en annonçant à quelqu’un qui fait des pieds et des mains pour se replacer dans quelque chose qu’il aime qu’on l’a pas retenu.

Courage, Dude. C’pas si dur à faire. T’as une langue, t’es capable. Va faire du bungee, au pire. Pis je te le dis pareil (personne sait c’est qui anyway). Fuck you! (Ça fait du bien, désolée maman ;))

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L’économie de mots

Avant, j’étais certainement une spécialiste des (longs) écrits. Je me chicanais avec quelqu’un? Je lui écrivais un mot. J’insultais quelqu’un? Je rédigeais des excuses. L’autre désertait? J’écrivais un (long) courriel, question que la personne fasse la lumière sur son comportement, à mes yeux inadmissible.Je pense que cette habitude vient de ma mère. Elle ne supportait pas de s’endormir fâchée contre quelqu’un de sa famille immédiate. Fallait absolument qu’elle écrive à la personne, ou alors qu’elle lui parle ou l’appelle. Je ne peux pas dire que d’embrasser la même technique a été un succès en ce qui me concerne… mais, au moins, je sais d’où vient mon obsession du courriel explicatif…

La patience finit par manquer, parfois. Avec les années, on saisit l’importance de choisir ses combats au même titre que ses mots. On s’économise, on conserve ses énergies pour les batailles qui en valent la peine… dans lesquelles on est certain de ne pas enrichir les charniers.

J’ai compris que si, quand je me lis une fois, ça semble clair, c’est inutile d’en rajouter pour éclaircir à l’infini les motivations à la base de mon comportement. Si c’est clair pour moi, je vois mal comment ça pourrait paraître flou pour l’autre. Je me suis tannée. Une bonne fois pour toutes. J’ai tout arrêté. Une fois, une de mes amies, inquiète de mes réponses laconiques, est même allée jusqu’à me demander si j’allais bien. Si j’étais correcte. Mon usage restreint de l’alphabet la déboussolait. Elle s’inquiétait de mon anémie logorrhéique. Elle se disait peut-être que mon état cognitif prenait le bord. Que j’étais perdue dans un cimetière de mots décédés, de macchabées de phrases inachevées.

Je l’ai rassurée. J’étais OK. J’avais juste décidé de faire un peu comme elle, comme d’autres. De ne pas écrire inutilement. De ne pas trop en dire. D’en produire le minimum, des fois. De n’écrire que lorsque c’était vraiment nécessaire. C’est-à-dire, au quotidien, pratiquement jamais. C’est un peu dommage. J’aimais beaucoup écrire. Avant, sitôt que j’avais l’embryon d’une idée favorable au sujet de quelqu’un, j’avais spontanément envie de lui écrire quelque chose de beau, de touchant, de magique, quelque chose qui ensoleille sa journée. Maintenant, aujourd’hui en fait (demain est un autre jour) j’admets que je me dis que ça fonctionne au mérite. S’il fallait que j’aie été rémunérée chaque fois que j’ai écrit une lettre touchante à un type, je serais plus fortunée que J.K. Rowling.

Si je fais un bilan, je peux juste dire que j’ai maintenant pas plus envie d’user mon crayon que les touches de mon clavier d’ordi. Je m’économise. Je sais pas vraiment pour quoi, et surtout pas pour qui, mais bon. Ça donne ce billet court, prompt, un peu blasé. En attendant que j’identifie ce qui en vaut vraiment la peine…

Pèlerinage annuel

C’est aujourd’hui que ça se passe. Pas ma corvée de lavage de fenêtres. Ni ma découverte d’un intérêt soudain pour la politique américaine ou la cuisine à base de curry. Non. Une fois l’an, la dévote en moi ressuscite, stigmates en moins (je suis loin de la sainteté, après tout. Je n’ai vraiment pas le profil!) 😉 Je me rends à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Oui, oui, pour vrai. En ces temps d’obscurité (!!!), j’aime bien fouler le sol d’une immense église. Il y fait toujours clair, après tout. Surtout avec les vitraux. Pas de place pour les ombres effrayantes. J’y allume quelques lampions par-ci par-là. Je ferme les yeux sur les (quelques) suppliques muettes que je compte adresser à la bonne Sainte-Anne. Les lancer, non pas dans l’univers ou sur un vision board, mais entre deux volutes d’encens. Une de mes amies y allait d’ailleurs chaque année, elle aussi. Je crois qu’elle est née la même date que celle attribuée à la naissance de la maman de Jésus (prononcer à l’anglaise « Jesus », pour les agnostiques, les sceptiques, les mécréants ou les récents apostasiés, ou tout simplement si on nourrit autant de croyances religieuses qu’une anorexique s’enfile de Big Mac).

J’arrive avec ma liste, vous savez ben. Les enfants dressent bien des listes au père Noël, alors pourquoi les adultes ne pourraient le faire pour les saints?.. Je postule d’ailleurs que le père Noël n’est en réalité rien d’autre qu’une version païenne d’un personnage religieux à qui les fidèles consommateurs adressent leurs demandes. Le hic, c’est qu’avec le temps, l’entreprise est devenue commerciale. Et à sens unique. La course au veau d’or s’est transformée en sprint aux achats compulsifs. Enfin. On se comprend. J’aime pas tant Noël anyway. Personne ne s’en étonnera 😉

Quand j’arrive sur place, le scénario est, à quelques détails près, toujours le même. Pourquoi changer une recette gagnante? 😉

Je ne manque pas de jeter un long coup d’oeil à l’arsenal de béquilles et de cannes canadiennes ornant le mur à l’entrée. Ces béquilles qui appartenaient sans doute à tous ces éclopés qui, selon la croyance, ont été miraculeusement guéris à grands coups de demandes d’intercession divine. Enfin. Alors j’arrive là. Sur mes deux jambes. Un point de moins pour moi. Je sais. Je me dis toutefois que les béquilles, on peut aussi les porter en soi. C’est écrit nulle part qu’elles doivent être visibles, sous peine qu’on ne soit pas exaucé dans nos demandes. Y’a pas de clause sur le sujet dans le divin contrat. Pis j’imagine que personne t’attend de « l’autre bord » avec une feuille de réclamation parce que t’as pas lu comme du monde les p’tits caractères au bas dudit contrat avant de demander quoi que ce soit. Enfin je pense pas.

Comme les autres, je me trouve un banc d’église disponible. Je m’agenouille. Relaxe. Je tente de trouver les bons mots pour demander ce que je veux. La dernière fois, ma démarche m’avait quand même valu un contrat de correction au sein d’une grosse organisation et un autre comme professionnelle dans un établissement d’enseignement. Les plus logiques diront que Sainte-Anne n’a rien à voir là-dedans. Que ce n’est certainement pas au Verbe divin que je dois mes contrats. Mais bien à mon verbe à moi. En tout cas…

Une fois que je suis passée à travers la liste des cinq ou six éléments capitaux que je demande tout le temps (ben oui, là-dedans, il y a toujours la santé, la mienne et celle de mes proches, on s’en sort pas!), je pars toujours à la recherche du livre dans lequel on peut ÉCRIRE quelque chose. Je me dis que c’est pas parce qu’au Québec, on s’approche apparemment, selon les faits rapportés par certains médias, du 31 % d’analphabétisme fonctionnel que je ne peux pas faire de demande écrite à une saint, quel  qu’il soit. Je garde espoir que, dans ce temps-là, les gens savaient lire. Surtout les canonisés de ce monde. Je noircis furieusement la page. Presque au complet. Quand c’est fait, je retourne réciter quelques « Notre-Père », une couple de « Je vous salue Marie ». Je me dis que ça devrait faire. Je refais le tour. Une vraie superstition, mon affaire. Pis je m’en vais. Je jette un dernier regard derrière moi et mentalement je leur souhaite à tous « à l’année prochaine », en espérant que mes demandes soient différentes dans 365 jours. Ce serait un vibrant témoignage à ma démarche évolutive. 😉

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Ignifuge

Il y a quelques mois, j’ai eu une discussion disons… animée? Mettons que c’est un euphémisme… Supposons un entretien qui s’est… enflammé? Qui a pris des proportions telles qu’à la fin, j’en insultais pratiquement mon interlocutrice, opiniâtre défenderesse des relations qui débutent tôt dans la vie. Qui commencent alors qu’on n’est même pas façonné comme humain, qu’on est encore « le brouillon d’une esquisse », si l’expression est possible… qu’on n’affiche pas un grand nombre d’années au compteur et qu’en conséquence, on est aussi « achevé » qu’une peinture à numéros orpheline de chiffres… Qu’on est une image grossièrement pixelisée de ce qu’on sera plus tard. Une version basse résolution.

Le point de vue que je défendais allait dans le sens où je crois qu’il est plus facile d’échafauder une relation avec quelqu’un alors qu’on est très jeune (notez ici le choix volontaire du mot « échafauder », plutôt que « bâtir »), qu’on ne connaît pas grand-chose de la vie, que l’étau des déceptions cumulées ne nous serre pas encore la gorge et qu’on a une idée plus qu’approximative de ce qui nous convient ou pas. Le manque de référents et d’éléments de comparaison potentiels facilite infiniment les choix. Et, à 21 ans, on va se le dire : on a le choix. L’horizon des possibles se déploie comme autant d’étoiles dans le ciel, de grains de sable sur la plage ou de poissons dans l’océan. Les réalités de chacun, à cet âge, étant relativement similaires (ou alors on achève nos études, ou alors on est encore aux études, ou alors on travaille parce qu’on a lâché les études), il est plus facile de trouver un complice potentiel, qui a une situation tellement pareille à la nôtre qu’elle en est digne d’une image réfléchie dans un miroir.

Alors on commence une relation avec quelqu’un comme on part un feu dans un camping. Sans mode d’emploi, un peu n’importe comment. On regarde les autres autour. On ingère de l’info par imitation des pairs. Parfois, on espère encore faire mieux qu’eux. On n’a pas toujours les bons matériaux pour alimenter le brasier. Faut se le dire, c’est vraiment pas tout le monde qui a la main heureuse pour partir un feu. Il y en a qui se brûlent carrément. Y laissent leur chemise, leur fierté. S’y consument. D’autres, par contre, possèdent ce talent naturel. Vraiment. Les yeux fermés, sans mousse de sécheuse ni cheveux, ni épinette séchée depuis trois ans, avec du bois mouillé même, sans ajouter une seule goutte d’essence ou d’un quelconque produit combustible, ces chanceux font flamber le plus beau feu du site de camping. Tous les campeurs en sont jaloux. Ce même feu qui se voit de loin, qui hypnotise, mais aussi qui rassemble. Celui autour duquel, rapidement, se greffent plein de gens, attirés par la convivialité, la joie de vivre, la chaleur qui s’en dégage. Pour l’analogie, on peut dire que ces maîtres de la pyrotechnie ont réussi une relation comme d’autres ont démarré un flamboyant feu au camping. Avec pas grand-chose, sans truc, mais certainement avec beaucoup de bonne volonté, de motivation… à grands coups de persévérance.

Hier, en jasant avec un ami, j’ai eu droit à la question qui tue (je devrais plutôt écrire « qui me tue », ce serait plus juste). « Geneviève, comment t’entrevois les relations maintenant? » Après avoir éludé à au moins trois reprises la réponse à cette question (et après que mon interlocuteur, patient, m’ait répété à au moins trois reprises que je ne répondais pas à sa question), j’ai fini par donner une réponse qui m’est très typique. Une réponse imagée, qui ne donne qu’une idée floue. Qui génère des images fortes, mais qui, concrètement, n’est pas si « parlante » que ça. Ne sachant trop quoi dire exactement (je me sentais presque comme à l’école quand la première phrase à écrire à une question à développement m’échappait), j’ai répondu par… l’analogie du feu de camp : « Ben… Tsé, une relation, peu importe laquelle, pour moi, c’est un peu comme un feu de camp. Tsé, un feu qui, d’emblée, n’est pas simple à allumer pour moi. Souvent, je sais d’avance que mon feu est fichu, même lorsqu’il est allumé. Je sais qu’il ne résistera pas longtemps. On est loin du brasier de la Saint-Jean-Baptiste! Je sais que je n’utilise pas la meilleure essence de bois. Que je n’ai pas le tisonnier idéal… que je brasse les branches un peu n’importe comment, tout en souhaitant que les tisons ne meurent pas étouffés. Que je n’ai pas disposé les bouts de bois de façon à ce qu’ils brûlent en dégageant une chaleur apaisante et constante. Bref, j’alimente parfois, en toute connaissance de cause, un feu qui est voué à s’éteindre relativement rapidement, de toute manière. Ou alors c’est le contraire : je suis persuadée qu’il résistera, et je constate que je me suis trompée. Mais je n’arrive pas à      m’empêcher de l’alimenter. (C’est à ce moment que l’ami en question, les sourcils en point d’interrogation, m’encourage à poursuivre sans dire un mot).

Si je continue… si je reste auprès du feu quand même… m’obstinant à y jeter une brindille de temps à autre, même quand tous les campeurs sont partis se coucher depuis longtemps… que la nuit est très avancée… qu’il ne reste plus un seul fêtard nocturne pour siffler le dernier shooter,  boire la dernière bière ou chantonner le refrain de la chanson à répondre last call de la veillée, c’est que même si c’est un feu incertain, inconstant, et qui menace à tout moment de s’éteindre sans avertissement, reste que ce feu… c’est le mien… et que j’ai mis toutes mes énergies à l’allumer, à l’alimenter. Toute ma bonne volonté. C’est pareil pour une relation. Pour toute relation. Renoncer à une relation, quelle qu’elle soit, c’est admettre sa propre part d’échec. C’est laisser mourir le feu. C’est s’avouer qu’on n’a pas réussi à en maintenir les flammes aussi vives que ce qu’on l’aurait souhaité. Et cet échec n’a pas nécessairement à voir avec la durée de la relation. Je suis poche avec les feux de camp, les miens durent jamais très longtemps. Mais je n’y mets pas moins d’énergie quand je me risque à en allumer un. Je refuse de le laisser brûler jusqu’à ce que tout s’éteigne sans intervention de ma part. Je refuse de prêcher par excès de confiance en supposant qu’il tiendra le coup seul. Je suis dans l’hypervigilance. Je ne le quitte pas des yeux, guettant le moindre signe d’affaiblissement. Quitte à jouer avec le feu. Tout ça, parce que j’ai malgré cru un instant que j’avais (encore) le tour avec les feux de camp… J’ai fait du scoutisme, après tout. Et mon totem était un nom d’oiseau. Un grand, un noble, un très bel oiseau. Qui plane haut dans le ciel. Qui a un regard perçant, de feu. Un regard revolver. Mon ami a souri. Je n’ai jamais su si ma réponse l’avait satisfait. Pas plus que je ne me suis réessayée depuis un bon moment à allumer… un feu de camp 😉

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On peut pas vraiment retrouver ce à quoi on s’est jamais identifié

Y’a des « retrouvailles » après 20 ans de secondaire dans même pas un mois. Je ne sais pas encore si j’irai… ni vraiment qui j’irai retrouver en allant là, ceci dit… J’aimerais être agréablement surprise, renversée, étonnée du changement d’attitude de (certaines) filles, de leur ouverture d’esprit née de l’expérience de vie cumulée, mais je ne me crée pas d’attentes, de peur d’être, comme à mon habitude, déçue du genre humain pour l’ensemble de son oeuvre…

À l’époque, j’étais timide et renfermée, jusqu’à l’âge de 15-16 ans au moins… je ne me mêlais pas vraiment aux autres… Je ne me sentais pas d’appartenance au groupe d’élèves de ma cohorte… Je n’ai jamais senti la moindre appartenance pour un groupe ou l’autre, ceci dit… Je suis une paria des cliques…

Je trouvais que certaines des « leaders » de « micro-groupes » étaient des connes, superficielles, méprisantes, sans âme, sans empathie, sans sensibilité et sans substance (c’est dit!) Elles me le rendaient bien alors, à armes inégales, mais bon, c’était de bonne guerre, de toute façon. J’ai toujours autant de difficulté, d’ailleurs, avec les gens qui prennent constamment le plancher, qui me regardent avec un concentré de condescendance et de mépris plein les yeux, qui en jettent et que je soupçonne d’être des coquilles vides en manque d’attention… c’est pas parce que tu t’ouvres la trappe plus grand que les autres que ce qui en sort est à la hauteur de l’amplitude de ta bouche béante… Tu pues juste plus de la gueule, c’est tout.

Je comparais mentalement ces filles à des poissons morts dans l’étalage d’un poissonnier, ceux qui ont encore leur tête, tsé, aux yeux révulsés, aux couleurs fades, qui puent le pas frais… (On comprendra que je déteste les « jappeux » congénitaux!)

Je viens d’une famille d’universitaires, de professionnels, je n’ai manqué de rien… mais c’était pas bourgeois du tout chez moi… Je fittais donc pas, noyée dans cette masse de filles de gens friqués, je m’en aperçois aujourd’hui… Une tache d’huile à moteur sur une nappe blanche immaculée pis amidonnée au pouce carré…

J’étais mal dans ma peau parce que trop consciente de tout et trop introvertie. Nerd et sérieuse, je me sentais différente de toutes celles qui passaient leur temps à faire résonner les murs de leurs rires gras… Je ne sais toujours pas, d’ailleurs, ce qui pouvait tant les faire rire à l’époque… À leur défense, c’est vrai que ça doit sûrement aider à rester léger dans sa tête, de provenir d’un milieu surprotégé, méga-gâté-pourri, avec des parents qui te payent ton premier char comptant à 16 ans  avec lequel tu te balades dans la cour d’école comme si c’était la norme… Ma première voiture, j’ai mis plusieurs années à la payer, comme une grande, quand j’ai commencé à travailler « pour vrai » après mon baccalauréat.

Dans ma tête, c’est de la science-fiction de payer une auto neuve à une ado de 16 ans, on se croirait en plein film américain, mais en tout cas… Tant mieux pour elles… J’ai dû bagarrer pour avoir ce que je veux dans la vie, je bagarre toujours d’ailleurs, c’est le jour de la marmotte… Je ne suis pas née avec une cuiller d’argent dans la bouche, j’avais aucun contact dans l’univers des magazines, c’est pas parce qu’on m’y a ouvert toutes grandes les portes que je l’ai infiltré… et ça m’a toujours procuré un sentiment mitigé de constater ce fossé qui me séparait de la plupart de ces filles avec qui j’étudiais… J’avais juste rien à voir avec elles… Côté valeurs, côté style et situation de vie…

Et j’aimais mieux, souvent, discuter avec les profs qu’avec les élèves… (c’est dit!) J’étais toute maigre, et si j’avais pu disparaître d’un coup de baguette magique, aspirée entre deux craques du plancher ou du plafond, j’aurais choisi l’option, c’est sûr… Mais je ne pouvais me sauver nulle part, sauf dans ma tête. Pis y’avait pas de piton sur lequel je pouvais appuyer pour me catapulter dans une réalité parallèle. C’est à cette époque que j’ai d’ailleurs découvert les bénéfices incontournables d’un bon roman : un moyen d’évasion gratuit, à portée de main, dont le seul coût plate à payer était l’air de boeuf de la bibliothécaire du comptoir du collège, à qui j’ai fini par arracher un sourire au fil du temps, lorsque j’ai découvert que j’avais de l’humour et de la répartie, vers 16-17 ans…

Mais je me dis qu’il faudrait (peut-être) que je me force à être dans le monde au lieu de l’observer à bonne distance, comme s’il s’agissait d’un animal sauvage prêt à bondir et qu’il convient de fuir. Une part de moi aimerait trouver le guts d’aller à ces « retrouvailles », d’affronter le regard de toutes ces mamans épanouies à coup de grossesses multiples, dans plusieurs cas. À coup d’épisodes de bonheur domestique (maison, enfants, mariage, chien, chalet) à recette presque universelle, comme un pot de Nutella tiens… (Qui déteste le Nutella?..)

J’aime les antiquités, c’est vrai. Mais pas les antiquités humaines. Et encore moins les ruines. Pas sûre que j’aie envie de me retremper dans des parfums du passé qui puent, dans certains cas, les stigmates de l’intimidation et du harcèlement psychologique dont j’ai été l’objet. Ça pue le Christ, après tout, la violence entre femmes, qui débute en bas âge, alors que des fillettes bourgeoises et arrogantes pour bon nombre d’entre elles copiaient éhontément, j’imagine, l’attitude méprisante de leurs parents, p’tits bourgeois de Québec de leur état…

Les enfants reproduisent les comportements des parents, c’est du connu, du réchauffé… Tu comprends pas à quel genre d’enfant t’as à faire? Regarde ses parents. Souvent, tu assimiles vite d’où ils tiennent leurs bons (comme leurs moins bons) côtés…

J’ai de la mémoire, aussi, c’est souvent inutile… J’ai tout entendu, en fréquentant le collège. Et même si j’essayais d’oublier ces phrases, c’est plus fort que moi, je m’en souviens. Je me rappelle ainsi qu’une élève du cours à option d’art dramatique avait balancé à l’endroit de sa collègue de sketche, lors d’une improvisation, en secondaire un, se croyant sûrement TRÈS drôle : « Hey! C’est ben laid ce que tu portes, t’as acheté ça chez Croteau? » (Crisse… on improvisait, et pourtant, fallait que la p’tite élite faussement bourgeoise signée Québec city fasse une allusion à peine voilée au mépris qu’elle vouait à une marque de vêtements bon marché. Help me someone, j’en revenais pas, et j’en reviens toujours pas aujourd’hui. S’il fallait que j’aie une fille qui sorte de pareilles inepties snobinardes en public, je crois que je l’enfermerais quinze minutes dans une garde-robe, la menaçant de ne la nourrir qu’au pain sec et à l’eau pour les sept prochains jours si elle ne se rétractait pas. Ou je lui laverais la bouche au Dove, avec une brosse à dents aux soies raides à souhait, ce serait pire, tiens… (belle-mère d’Aurore l’enfant martyre, sors de ce corps! lol) Bon, inutile d’appeler la DPJ ou de caller une alerte Ambert, j’ai pas d’enfant dans la garde-robe… tout le monde connaît mon humour cinglant… pis si tu le connais pas… Ben c’est maintenant que tu le découvres! 😉

Un jour, un prof retraité, m’a dit : « Tu sais, Geneviève… c’est pas méchant, mais je crois que certaines personnes ont juste moins d’aptitudes au bonheur que d’autres… » Ça m’a (un peu) réconciliée avec ce côté underdog qui fait que je me sens étrangère à tant de situations…

Xavier-Dolan-college-boy

Image : Image du vidéoclip College Boy réalisé par Xavier Dolan

Source : blogue sir www. e-real.fr/tag/indochine